Le
numéro spécial du Monde de l'enfance aborde les grandes questions
bioéthiques liées au début de la vie : les tentations du bébé à la
carte, l'utérus artificiel, l'assistance médicale à la procréation, etc
Axel Khan, généticien, membre du Comité
consultatif nationale d'éthique (1992-2004 ) et directeur de l'Institut
Cochin de recherches biomédicales et Boris Cyrulnik, éthologue,
neuropsychiatre et psychanalyste, enseignant en éthologie humaine à
l'université Sud-Toulon-Var, répondent aux questions du Monde
dans le dossier "Naître au 21e siècle".
A à la question du Monde
: "Aujourd'hui les méthodes de procréation se développent mais
certaines posent des questions éthiques importantes, comme
l'utérus artificiel et le clonage reproductif. Que pensez-vous de ces
évolutions ?", Axel Khan répond : "Pour l'homme, il n'y a donc
aucune raison théorique pour que le clonage reproductif soit impossible
[...]. "Personne ne peut prétendre que la qualité biologique du
conceptus produit par le clonage devienne un jour équivalente à celle
des méthodes de procréation". Axel Khan, opposé au clonage
reproductif, pense que le clonage "peut correspondre à la demande de
certains couples".
A la question du Monde : "Le
XXIe siècle est marqué par la recherche du bébé "zéro défaut". Cet
objectif vous semble-t-il dangereux ? " , Axel Khan explique que les
techniques de dépistages dans l'assistance médicale à la procréation
permettent déjà de détecter des maladies rares. "Mais le diagnostic
pré-implantatoire ne permettra jamais d'éviter tout handicap! ",
prévient-il.
Il poursuit : "Aujourd'hui
les tests génétiques permettent de choisir l'embryon en fonction
d'autres caractéristiques, comme le sexe. A l'avenir, il sera sans doute
possible de sélectionner l'embryon en fonction de son potentiel
physique". "Dans tous ces domaines, dès lors qu'il s'agit d'une
technique possible, existeront toujours des ressorts psychologiques et
des moyens économiques pour les mettre en œuvre. La question, comme pour
le clonage reproductif, est davantage du domaine du jugement moral que
celui de la réalisation."
Axel Khan émet des réserves
face à la tentation de l'enfant parfait : "Je ne pense pas qu'il soit
prudent de permettre [aux parents] d'avoir l'enfant qu'ils ont
pré-dessiné. De plus, l'enfant qui va naître est une autre personne
(...). Il ne doit pas devenir une prothèse du corps des parents ou le
produit du choix parental en fonction de son identité biologique, comme
le sexe ou la forme du visage".
Pour Boris Cyrulnik : "On
appelle ces enfants les "chargés de mission" : ils doivent être
parfaits, sinon ils deviennent des sous-hommes !". "D'un point de
vue génétique, on sera un jour capable de fabriquer l'enfant de nos
représentations idéales. Les prémices sont déjà présentes, avec la loi
autorisant les avortements en cas d'anomalie génétique grave (...) Mais
cette situation soulève un problème, à savoir que nous nous prenons pour
des dieux capables de fabriquer l'enfant rêvé".