Libération
revient sur l'autorisation accordée - pour la première fois en Europe -
par la Haute autorité britannique en fertilisation et embryologie
humaines (HFEA) pour sélectionner un embryon non porteur de la maladie
d'Alzheimer (cf.
Synthèse de presse du 20/09/07).
Jusqu'il y a quelques temps, le
recours au dépistage pré-implantatoire (DPI) était autorisé dans les
seuls cas de maladie génétique d'une particulière gravité et incurable.
Mais, depuis plusieurs mois, le recours au DPI s'étend, en
Grande-Bretagne, à des maladies "dont la survenue n'est pas certaine".
Ainsi, en mai dernier, la
clinique londonienne privée de Bridge Center a sélectionné des
embryons non porteurs des gènes responsables du strabisme (cf.
Synthèse de presse du 15/05/07). En juillet, l'hôpital public d'Eastman,
a eu recours au DPI pour sélectionner des embryons qui ne présentent pas
de prédisposition au cancer du sein (cf.
Synthèse de presse du 25/07/07).
Avec cette autorisation, une
nouvelle étape est franchie ! La maladie d'Alzheimer a en effet peu de
chances de se développer avant 40 ans et, d'ici là, il est possible que
des traitements soient trouvés. Il se peut par ailleurs que le gène ne
soit pas transmis par les parents et que l'enfant n'ait aucune chance de
développer la maladie pour lequel on l'élimine.
Selon Paul Serhal, directeur de
l'unité de reproduction assistée d'Eastman, "d'autres
autorisations sont sur le point d'être délivrées". Il se défend
toutefois de banaliser le recours au DPI.
Mais, pour le strabisme,
s'interroge Libération, "est-ce réellement une sélection sur
critère médical ? (...) Le spectre de l'eugénisme, de la
sélection de l'enfant parfait, est-il aux portes de ces cliniques ?".
"Mais notre métier c'est de l'eugénisme !, répond Paul Serhal.
Lorsqu'une femme avorte parce qu'elle apprend que son fœtus est atteint
de trisomie 21, c'est aussi de l'eugénisme ! Personnellement, je préfère
éliminer un amas de cellules qu'un fœtus de plusieurs semaines".
Jusqu'où aller dans
l'autorisation des DPI et à qui revient la décision ? "Dès lors que
nous avons un lien clair entre une mutation et une pathologie et que
nous pouvons offrir un test de détection efficace, je ne vois pas
pourquoi nous refuserions des demandes", répond Alan Thornhill du
Bridge Center.
Pourtant, de l'hyperstimulation
ovarienne à la naissance (laquelle aboutit dans 25% des cas) en passant
par la fécondation in vitro, recourir au DPI n'est pas une
démarche banale. De plus, elle coûte cher (jusqu'à 15 000 £ soit 21 600
€) et n'est pas totalement remboursée. "Oui, cela pose un problème
évident en termes d'accessibilité. Mais la sécurité sociale réalise
qu'avec le DPI elle économise sur les soins futurs et commence désormais
à rembourser de plus en plus nos patients", commente Alan Thornhill.
A ce jour, les cliniques
britanniques proposent de dépister une cinquantaine de maladies
génétiques. Aux Etats-Unis, certains cliniques offriraient jusqu'à
plusieurs centaines de tests concernant des prédispositions aux cancers,
à l'obésité ou même à l'arthrose, "frôlant l'indication fantaisiste",
sans compter celles qui proposent de sélectionner l'enfant selon son
sexe.
En France, une trentaine de
pathologies sont dépistées, notamment la mucoviscidose, la maladie de
Huntington, l'hémophilie, de nombreuses altérations chromosomiques
héréditaires et, plus récemment des cancers. A la question "jusqu'où
peut on aller ?", Stéphane Viville, qui dirige l'un des trois
centres français habilités à pratiquer le DPI, répond : "on devient
limite lorsque le handicap de la famille est d'abord un handicap social
et non physique ou mental. Le DPI n'est pas là pour régler un problème
de société mais pour éviter un handicap sévère de qualité de vie".
[NDLR : Le DPI sélectionne les embryons
"sains" pour les réimplanter dans l'utérus maternel. Aucun embryon n'est
guéri par le DPI. Ceux qui sont malades sont détruits ou utilisés pour
la recherche.]