En
France, le recours à une maternité de substitution, appelée également
"gestation pour autrui" ou "mère porteuse" est interdit
depuis la loi de bioéthique de 1994. Le sujet soulève en effet la
question de l'instrumentalisation et de la commercialisation du corps de
la femme.
Pourtant, fin octobre, la cour
d'appel de Paris a reconnu comme "parents" légaux, au nom de
l'intérêt supérieur de leurs enfants, un couple ayant eu recours à cette
pratique aux Etats-Unis.
En 1998, Sylvie apprend qu'une
malformation congénitale l'empêche de concevoir un enfant. Avec son
mari, Dominique, elle choisit de recourir à une mère porteuse, en
Californie, où la pratique est légale. Deux jumelles naissent en octobre
2000 et un tribunal américain reconnaît officiellement le couple
français comme leur père et leur mère. Le consulat de France, de son
côté, refuse d'inscrire les deux bébés sur le livret de famille et
avertit les autorités françaises. A son retour en France, le couple est
appréhendé, placé en garde à vu, et mis en examen pour "entremise
entre une personne désireuse d'adopter un enfant et un parent désireux
d'abandonner son enfant né ou à naître" ainsi que pour
"simulation ayant entrainé une atteinte à l'état civil de l'enfant".
Poursuivis au pénal, Dominique
et Sylvie ont obtenu, en 2004, un non lieu car les faits se sont
déroulés dans un pays où cette pratique est légale. Sur le front du
civil, le parquet décide de continuer la procédure et cherche à obtenir
l'annulation de la filiation et de son inscription sur l'état civil,
prétentions rejetées en 2005 par le tribunal de Créteil. Après 7 ans de
poursuites judiciaires pour "enlèvement d'enfant" et "adoption
frauduleuse", la cour d'appel de Paris a jugé conformes les papiers
américains désignant le couple comme les parents des jumelles. Le
parquet général de Paris n'a pas encore fait savoir s'il comptait ou non
se pourvoir en cassation.
L'association Maia, qui vient en
aide aux personnes confrontées à l'infertilité, se réjouit de cette
décision et souhaite que l'on autorise la gestation pour autrui en
France. Le professeur Israël Nisand ou la psychanalyste Geneviève
Delaisi de Parseval plaident pour la légalisation de cette pratique.
Quant au professeur Claude Sureau, membre du Comité consultatif national
d'éthique (CCNE), il rappelle que "les risques d'exploitation de la
misère humaine restent importants" mais il n'exclut pas une
évolution législative. Il distingue deux situations : celle où la mère
adoptante est la mère génétique et celle où il faut avoir recours à une
donneuse d'ovocytes (ce qui est le cas ici) : "dans ce cas, vous avez
quatre intervenants : le père, la mère adoptante, la mère génétique et
la mère qui assure la gestation. Cela pose un vrai problème de
filiation".
Cette question des mères
porteuses devrait être débattue à l'occasion de la révision des lois de
bioéthique prévue en 2009.