Le
Temps publie un article sur une étude sur la PMA et la filiation.
Les parents de
"bébés éprouvettes" usent d'un langage particulier à leur égard,
révélateur de la perception, qu'ils en ont : "mélange d'émotivité à
fleur de peau et de mise à distance qui exprime leur désarroi face à la
réalité médicale nouvelle, bizarre, indicible, dont ils sont les
protagonistes". Ils "soumettent le vocabulaire médical à la
torture", résume Marc Germond, gynécologue responsable du Centre de
procréation médicalement assistée (PMA) de Lausanne.
On compte plus
d'un million d'enfants issus de PMA dans le monde. Pour leurs parents, "ce
sont des êtres à part, tantôt petite chose fragile, tantôt héros
invincible". Il en résulte pour eux un réel "danger" : "que
cette image forte entrave la liberté dont tout être est doté en venant
au monde : celle de son devenir".
Marc Germond,
François Ansermet, pédopsychiatre et Claudia Mejia Quijano, linguiste,
viennent de publier une étude sur le sujet : "Parentalité stérile et
procréation médicalement assistée. Le dégel du devenir" aux éditions
Erès.
Selon cette
étude, il n'est pas rare d'entendre les parents d'un enfant né après
cryoconservation le surnommer :"mon petit Findus", "mon petit
congelé", ou encore "mon Hibernatus". La congélation, ce "passage
par les limbes du froid", fascine et inquiète, explique Marc
Germond.
Quant à la
stérilité, elle serait vécue comme "un verdict de la nature, une
interdiction de procréer", et la PMA comme "une transgression
coupable de cet interdit". L'étude souligne par ailleurs la
culpabilité des parents vis-à-vis des embryons congelés non réimplantés.
"Les mères surtout souffrent à l'idée de les laisser là". "Nos
patients voient, au microscope, les zygotes destinés à devenir leur
enfant. Neuf mois plus tard, ils sont bel et bien devenus des êtres
humains. Du coup, ceux qui restent ont une existence forte",
explique Marc Germond.
Après la pilule
qui permettait la sexualité sans procréation, la fécondation "in
vitro" (FIV) a permis la procréation sans sexualité. "La
cryoconservation, elle, introduit une autre discontinuité, temporelle
celle là, et non moins vertigineuse". Ainsi, deux frères jumeaux
peuvent naître avec plusieurs années de différence. "Après le
différentiel sexuel, c'est la succession des générations qui est
fragilisée, et avec elle le lien de filiation", ajoute François
Ansermet.
Ces nouvelles
réalités constituent "un bouleversement majeur, jamais vu dans
l'histoire de l'humanité" qui n'est pas sans risque. Pour François
Ansermet, "Il y a là quelque chose d'irreprésentable, d'inadmissible
psychiquement".
La majorité des
parents déclare vouloir révéler à leurs enfants la manière dont ils ont
été conçus. Pourtant, dans les faits, seule une minorité le dit, parce
que briser le silence sur ces sujets confine à un "aveu".