Après
quatre jours d'audience, la Cour d'assises de Périgueux a rendu hier
soir son verdict dans le procès du Dr Tramois et de l'infirmière Chantal
Chanel (cf.
Synthèse de presse du 12/03/07). Poursuivies pour avoir injecté, le
25 août 2003, du potassium à une patiente en phase terminale, Laurence
Tramois a été condamnée, pour empoisonnement, à un an de prison avec
sursis et Chantal Chanel a été acquittée. Cette peine, même si elle ne
figurera pas dans le casier judiciaire du Dr Tramois, reste une
condamnation pénale et, de ce fait, rappelle l'interdit de donner la
mort.
Alors que la défense plaidait pour un acquittement général,
l'avocat général a requis un an de prison avec sursis pour Chantal
Chanel et deux ans de prison avec sursis pour Laurence Tramois.
Rappelant l'interdit de donner la mort, Yves Squercioni a demandé
aux jurés de ne pas "faire fi de la loi" ni de "céder à
l'émotion". Le second avocat général, Frédéric Bernardo, a aussi
insisté sur le fait que "donner la mort est un interdit
fondamental de notre société. La blouse blanche et la seringue ne
sont pas des causes d'immunité". L'avocat général a ensuite
alerté la Cour des risques "d'instrumentalisation" de leur
verdict, au vu des circonstances dans lesquelles s'est déroulé le
procès.
A cause du "battage médiatique" entourant ce procès et
pouvant peser sur les jurés, douze personnalités avaient demandé au
président de la Cour d'assises de Périgueux le renvoi du procès.
Ainsi, pour Jean-Pierre Legoff, signataire de cette lettre, "la
justice est de plus en plus souvent instrumentalisée". "Depuis
quelques années, la posture de la victime ayant naturellement des
droits remplace le débat. L'authenticité de la souffrance annihile
toute réflexion. Les médias relaient sans discernement cette mise en
scène de l'émotion pure, qui fait passer pour un salaud l'élu ou
l'intellectuel qui ne confond pas empathie et réflexion." Il
s'inquiète de cette "confiscation de la pensée rationnelle".