Le
Monde consacre deux pages aux
"filles sacrifiées d'Asie" (cf.
Synthèse de
presse du 13/12/06). Selon Isabelle Attané, démographe,
sinologue et chargée de recherches à l'Institut national d'études
démographiques (INED), 90 millions de femmes manqueraient à l'appel en
Asie. L'Asie est devenu l'unique continent recensant plus d'hommes que
de femmes. "Alors qu'en l'absence de discrimination, il naît 105
garçons pour 100 femmes (...) il naît aujourd'hui 117 garçons
pour 100 filles en Chine et 111 en Inde." En 2000, dans les
Etats indiens du Pendjab et de l'Haryana, pour 100 naissances de filles,
on a recensé 125 naissances de garçons. La même année, dans les
provinces chinoises du Jiangxi et du Guangdong, pour 100 filles, on
comptait 138 garçons.
Particulièrement marquées en Chine, en Inde, au Pakistan et au
Bangladesh, ces discriminations s'expliquent par les avortements
sélectifs, les infanticides et le manque de soins dont sont victimes les
filles. Selon Bénédicte Manier, auteur de Quand les femmes auront
disparu (La découverte, 2006), ces 90 millions de femmes manquantes
"sont des filles qu'on a empêché de naître, qui ont été tuées après
la naissance ou qu'on a laissé mourir en bas âge".
Les avortements
sélectifs ont ainsi bouleversé l'équilibre entres les sexes à la
naissance. Le fait de "choisir" le sexe de son enfant se trouve
encouragé par la politique chinoise de l'enfant unique, la baisse de la
fécondité (la probabilité d'avoir un garçon est diminuée) et certaines
traditions. En Chine, par exemple, ce sont les garçons qui "transmettent
le nom et qui prennent en charge les parents lorsqu'ils vieillissent"
; en Inde, une fille doit apporter, lors de son mariage, une dot à sa
belle-famille...
Pourtant, la
Chine et l'Inde interdisent d'identifier le sexe de l'enfant à naître
lors de l'échographie. "Mais il suffit d'un signe du médecin pour
savoir qu'il s'agit d'un garçon ou d'une fille", ajoute Isabelle
Attané. D'après elle, "plus de 500 000 fœtus féminins sont ainsi
supprimés tous les ans en Chine".
"Les
discriminations ne s'arrêtent pas à la naissance", poursuit le
quotidien. Les écarts flagrants de taux de mortalité infantile entre les
deux sexes suffisent à démontrer que "les familles n'accordent pas le
même prix à la vie d'un garçon qu'à celle d'une fille". Alors qu'en
Europe, en Afrique et en Amérique, le taux de mortalité infantile est
plus élevé chez les garçons, pour des raisons biologiques, le
Bangladesh, le Pakistan et la Chine affichent, eux, un taux de mortalité
largement supérieur chez les filles.
En plus de
favoriser la violence à l'encontre des femmes, le trafic d'épouses...,
une telle situation démographique "invente une société qui comptera à
l'avenir moins de femmes, et donc moins d'enfants... y compris de
garçons".
Parallèlement,
alors que la 51ème Commission de l'ONU sur le Statut de la Femme (CSW)
s'achève aujourd'hui, la Mission d'Observation du Saint-Siège à New York
souligne l'importance des thèmes abordés cette année par la Commission :
"l'élimination de la discrimination et de la violence contre les
petites filles". Mais, la délégation du Saint Siège regrette que la
Commission soit restée silencieuse sur la "sélection prénatale du
sexe", l''infanticide" et la "préférence pour un enfant
mâle". Selon l'Institut catholique pour la famille et les droits de
l'homme (C-FAM), la résolution appelant les Etats à bannir la pratique
de la sélection prénatale et de l'infanticide féminin aurait été retirée
sous la pression notamment de la Chine, du Canada, du Costa Rica et du
Mexique.