La
Croix consacre un dossier aux "terroristes du droit des animaux"
qui s'attaquent à l'expérimentation animale, usant de tous les moyens :
colis piégés, campagnes d'intimidation, harcèlement...
A Oxford, par
exemple, des militants manifestent depuis plusieurs années déjà contre la
construction d'un laboratoire dans lequel seront réalisées des expériences
sur les animaux. Membre de l'association Speak, principale organisatrice de
ces manifestations, Amanda Richard promet de revenir manifester, même après
l'ouverture du laboratoire. Pour elle, il n'y a en effet aucune
justification scientifique à la vivisection. La preuve en est ce médicament
anti-douleur retiré du marché 5 ans après y avoir été introduit parce qu'il
doublait les risques de crise cardiaque, risques que l'expérimentation sur
les animaux n'avait pas révélé.
Tipu Aziz,
neurochirurgien, spécialiste de la maladie de Parkinson, est au contraire
convaincu de l'utilité de telles expérimentations : "pour développer un
médicament, on peut utiliser des cultures de cellules. Pour étudier une
cellule en particulier, on peut faire des modèles sur ordinateur. Mais pour
voir la réaction dans son ensemble, il faut des animaux". Jusqu'à
aujourd'hui les plus grandes avancées médicales sont passées à un moment ou
un autre par l'expérimentation animale comme le vaccin contre la rage, les
trithérapies pour le sida ou les techniques de transplantations cardiaques.
Georges Chapouthier, neurobiologiste au CNRS et vice-président de la Ligue
française des droits de l'animal, reconnaît aussi que "dans l'état actuel
des connaissances, on ne peut pas se passer complètement de
l'expérimentation animale". Pour Dominique Quinio, "imaginer que l'on
pourrait passer directement à des essais sur l'homme semble encore utopique
et ce "saut" pourrait poser de graves questions éthiques".
Si les conditions
de la pratique de l'expérimentation animale se sont nettement améliorées
depuis plusieurs années déjà, reste, selon Katherine Morris, philosophe,
cofondatrice de Voice for Ethical Research at Oxford (VERO),
notamment, à encourager le développement d'autres alternatives à la
vivisection, comme l'utilisation de tissus humains.
Mais, rappelle
Dominique Quinio, il est essentiel de s'interroger sur le respect du au
vivant. "Même pour un bien espéré, pour un progrès souhaité, tout n'est
pas possible, tout n'est pas souhaitable, tout doit être moralement pesé. A
fortiori quand ce vivant est humain".