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D'
ici fin juin, la Haute autorité de santé (HAS) va recommander au
ministère de la santé une modification de la loi pour autoriser un
dépistage plus précoce de la trisomie 21. Cet avis se base sur une
enquête clinique menée par l'Assistance-Hôpitaux de Paris (AP-HP) dont
les résultats ont été publiés hier.
Actuellement,
le dépistage de la trisomie 21 repose sur plusieurs examens :
échographie, marqueurs sériques, amniocentèse...
Le Pr Patrick
Rozenberg, du service de gynéco-obstétrique de l'hôpital de Poissy-Saint-Germain,
estime que "l'accumulation de ces méthodes de dépistage,
indépendantes les unes des autres, a conduit à un dérapage complet et à
une survalorisation du risque de trisomie 21". "Cela a
entraîné la réalisation d'un nombre excessif d'amniocentèses." "Un acte
qui est loin d'être anodin puisqu'il entraîne le décès d'un fœtus sur
100", précise-t-il. En Ile-de-France, 15% des femmes enceintes font
une amniocentèse. "Un chiffre énorme si on le compare au risque de
trisomie 21 qui, globalement est de 1 sur 700 naissances."
Le Pr Rozenberg,
avec l'unité de recherche clinique Paris-Ouest de l'hôpital Ambroise
Paré, a mené une étude clinique pour réduire le taux
d'amniocentèses. Réalisée sur le département des Yvelines, cette étude a
duré 3 ans, de 2001 à 2003. Il a été proposé à 22 000 femmes enceintes,
dès leur premier trimestre de grossesse, un dépistage combiné : mesure
de la clarté nucale et dosage de deux marqueurs sériques. "Sur ces 22
000 femmes, 79 étaient porteuses d'un fœtus atteint de trisomie 21.
Notre méthode présente un taux de détection de 80 %, contre 75 % pour
les méthodes actuelles", rapporte Laurence Bussières (Unité de
recherche d'Ambroise Paré).
Didier Sicard,
Président du Comité consultatif national d'éthique (CCNE) s'inquiète du
renforcement du dépistage : "Cette perspective a ceci d'effrayant
qu'elle va permettre de trouver de nouvelles anomalies que l'on ne saura
pas interpréter. Quel est l'intérêt ? Qu'en fera-t-on ?".
Soulignant le
paradoxe de notre société actuel "peu encline à accepter le handicap
comme faisant partie d'une normalité humaine", Didier Sicard note
qu'"en France, on considère que mettre au monde un enfant trisomique
relève d'une erreur médicale ou d'une irresponsabilité maternelle, et
qu'il s'agit d'une véritable tragédie". "Nous prônons la fraternité mais
dans le même temps, nous exigeons des handicapés qu'ils s'adaptent à la
société." |