La
Loi de 2004 oblige les centres d'assistance médicale à la
procréation (AMP) à détruire, au bout de 5 ans, les embryons dont
les parents ne se sont plus manifestés. Ce qui pose problème aux
équipes médicales.
Afin de
réduire le nombre d'embryons congelés (au nombre de 134 358 fin
2004, selon l'Agence de la biomédecine), la loi dit que les centres
doivent envoyer chaque année à leurs patients un formulaire leur
demandant s'ils ont toujours un "projet parental". Si c'est le cas,
les embryons sont conservés. Sinon, et cela concernait 25% des
embryons à la fin de 2004, les couples doivent choisir entre 3
possibilités : le don de leurs embryons à la recherche, l'accueil de
leurs embryons par un autre couple ou leur destruction. On demande
aux couples de confirmer ce choix 3 mois plus tard.
Pourtant,
les médecins hésitent à détruire les embryons "surnuméraires".
Certaines équipes proposent, aux couples qui ne souhaitent pas
garder leurs embryons congelés, un entretien avec un médecin et / ou
un psychologue. "C'est long et lourd (...). Mais cela me gênerait
de me limiter à la signature des formulaires", témoigne Isabelle
Denis, biologiste, responsable de la fécondation in vitro au
CHU de Caen (Calvados). Des couples refusent le rendez-vous proposé
parce que cela fait resurgir un "vécu douloureux". D'autres
insistent pour assister à la destruction. "Nous le faisons pour
des destructions de spermatozoïdes, mais pas pour les embryons",
explique Frédérique Carré-Pigeon, médecin biologiste au CHU de
Reims. "Même pour les médecins, détruire n'est jamais un geste
simple."
17% des
134 358 embryons congelés appartiennent à des couples dont on est
sans nouvelles. Le Pr Samir Hamamah (CHU de Montpellier) est d'avis
qu''il faut davantage "responsabiliser" les couples. Le Dr
Saias, médecin à l'hôpital de la Conception à Marseille, pense aussi
que "les couples sont responsables de ces enfants potentiels. La
loi a raison de les obliger à trancher". Dans ces cas-là,
les médecins espèrent que les couples les recontactent. "Car,
dit le Dr Frédérique Carre-Pigeon, la
destruction, c'est tout de même un geste définitif".