Le
Monde revient sur les rencontres
parlementaires qui se sont tenues mercredi dernier à l’Assemblée
dans la perspective de la révision de la loi de bioéthique de 2004,
prévue en 2009 (cf.
synthèse de presse du 08/02/07). Ces rencontres étaient
organisées par les députés UMP Pierre-Louis Fagniez et Valérie
Pecresse sur le thème : « Quelles révisions de la loi de
bioéthique ? ». Les parlementaires ont abordé les trois grands
thèmes suivants : l’assistance médicale à la procréation (AMP), le
don d’éléments du corps humain et la recherche sur l’embryon et les
cellules souches.
A la suite de ces rencontres,
Jean-Marie Le Méné, président de la Fondation Jérôme Lejeune,
dénonce une « machinerie » dont le seul but était de « pré-vendre
de nouvelles transgressions à incorporer dans le droit, au plus tard
en 2009 ».
Pour Jean-Marie Le Méné, trois
conclusions sont à tirer de cette journée.
La première est que les
politiques s’en remettent aveuglement aux techno-scientifiques, à
défaut d’avoir leurs propres idées, leurs propres principes ou même
uniquement leurs propres intuitions. Toutes les propositions
formulées par ces scientifiques - de celle du Pr. Claude Sureau de
donner à l’embryon un statut intermédiaire entre la personne et la
chose, c'est-à-dire celui d’un animal, à celle d’Israël Nisand en
faveur du clonage thérapeutique, des maternités de substitution et
de l’homoparentalité, en passant par celle de René Frydman et de
Pierre Jouannet, plaidoyer pour la création d’embryons pour la
recherche… - n’ont trouvé que l’« encéphalogramme plat » des
politiques comme répondant.
Attendre, sans broncher, que
les propositions soient énoncées par ces techno-scientifiques,
qu’elles fassent l’objet d’un pseudo consensus avant d’être portées
par un puissant lobby puis médiatisées, c'est-à-dire quasiment
adoptées : voilà à quoi sont bons les politiques qui ont
délaissé toute réflexion sur ces sujets cruciaux en même temps que
« le service de l’intérêt général ».
On arrive ainsi au deuxième
point de conclusion selon lequel la conscience des politiques répond
aux abonnés absents. Seul Bertrand Mathieu, professeur de droit, « a
osé briser certains tabous » en rappelant que l’ « on ne
pouvait pas renvoyer systématiquement les valeurs fondamentales à la
sphère des opinions personnelles et que le débat ne pouvait pas être
escamoté par des tours de passe-passe sémantiques ». [NDLR :
rappelons que Pierre-Louis Fagniez propose de parler, pour une même
réalité, de « transposition nucléaire » plutôt que de « clonage ».]
« Si l’on fait disparaître tout principe, au nom de quoi
interdira-t-on demain des pratiques qui nous semblent encore
aujourd’hui inacceptables ? » Il n’y a qu’à voir combien les
« barrières » posées par la loi de bioéthique de 2004 [NDLR : dont
les décrets d’application viennent à peine d’être votés] sont d’ores
et déjà bousculées, notamment celle interdisant la recherche sur les
cellules embryonnaires. Bien qu’Axel Kahn lui-même ait déclaré que
les cellules souches adultes étaient plus performantes que les
cellules souches embryonnaires, les politiques s’évertuent à
proclamer leur préférence pour ces-dernières.
Une troisième conclusion
s’impose enfin : la manipulation de l’opinion publique. Manipulation
flagrante si l’on regarde par exemple la manière dont a été réalisée
l’enquête de l’Agence de biomédecine dévoilée mercredi. Dans la
salle, le professeur de droit Florence Bellivier a demandé la parole
pour exprimer la « stupéfaction générale devant le caractère
induit de certaines réponses proposées ».
Selon ces sondages, les
Français seraient majoritairement favorables à l’AMP, au diagnostic
prénatal (DPN) et préimplantatoire (DPI) ou encore aux mères
porteuses et à la recherche sur l’embryon, tout en ayant une « représentation
assez confuse » de l’embryon. Les Français seraient donc « hyper
branchés » sur des « techniques qui leur échappent
totalement ». Face à de telles manipulations, le rôle des
politiques ne devrait-il pas être de défendre leurs citoyens ? « Et
puis, quand bien même 99,99% de l’opinion publique serait-elle
convaincue que l’embryon n’est qu’un amas de cellules, en quoi cela
changerait-il d’un iota de la réalité ontologique de l’être humain
dans sa plus extrême jeunesse ? », conclut Jean-Marie Le Méné.