A
l'occasion des rencontres parlementaires qu'elle a organisé hier
avec Pierre-Louis Fagniez et Valérie Pécresse, députés, l'Agence de biomédecine
a dévoilé une enquête nationale menée auprès du grand public sur les
principales questions de bioéthique.
D'après
cette enquête menée auprès de 1086 personnes, une majorité de
personnes est favorable à une solution médicale en cas de difficulté
à concevoir,
devant l'adoption ou le renoncement au projet parental. Pour 55% des
sondés, seuls les couples hétérosexuels doivent pouvoir bénéficier
de l'AMP et 29% y sont favorables pour les couples homosexuels
féminins.
79% des
personnes interrogées se déclarent très attachées à l'anonymat du
don de sperme ou d'ovocytes mais dans le même temps une personne sur
deux se prononce en faveur du droit à la connaissance de ses
origines génétiques.
Cette
enquête révèle que l'immense majorité des personnes interrogées
considère que l'embryon c'est le début de la vie et un être vivant à
part entière.
Beaucoup
(91,2%) considère que faire du clonage "ça va trop loin".
Enfin, les
personnes interviewées ont été classées par typologie. Parmi ces
catégories, notons que 15% d'entre elles sont considérées comme
"conservateurs", opposées à la science et non
favorables aux techniques d'AMP, à l'embryologie ou à la génétique
humaine... Ces "conservateurs" exprimeraient des craintes quant aux
progrès de la recherche et prendraient en considération la question
religieuse. D'un autre côté, on considère que 23% d'entre eux
sont des "esprits ouverts", c'est à dire des personnes prêtes à
recourir aux techniques de l'AMP, acceptant la recherche sur
l'embryon et la génétique humaine.
Au cours de
la première table ronde, concernant l'extension de l'accès à l'AMP
(couples homosexuels, femmes seules...) les participants ont
largement pris partie pour la recherche sur l'embryon. Notons
l'intervention de Claude Sureau, Président honoraire de l'Académie
de Médecine et Membre du Comité consultatif national d'éthique
(CCNE) qui a déclaré "je suis convaincu que l'embryon est un être
mais je suis certain qu'il n'est ni une personne ni une chose. Il
constitue en tout cas, à l'évidence un patient". La preuve de ce
statut, explique t-il, sont "les opérations chirurgicales que l'on
pratique sur lui lors du diagnostic préimplantatoire (DPI)"... De
son côté, René Frydman, gynécologue obstétricien et Professeur de
médecine a revendiqué la possibilité de "créer des embryons pour
la recherche" car, estime t-il, "les techniques actuelles de la
procréation médicalement assistée ne permettent pas de répondre à
toutes les formes d'infertilité". Enfin, le Pr. Israël Nisand,
gynécologue obstétricien s'est félicité que la "recherche
sur l'embryon soit possible".
L'après-midi a été consacré à la recherche sur les
cellules souches avec un état des lieux sur cette recherche.
Axel Kahn, Directeur de l'Institut Cochin, a souligné que plusieurs
essais cliniques faisant appel aux cellules souches adultes
étaient actuellement menés et que certaines maladies étaient déjà
traitées grâce à elles. Il a cité notamment le potentiel des
cellules de sang de cordon et la publication d'un chercheur Japonais
qui a identifié 4 gènes susceptibles de faire évoluer des cellules
adultes en cellules d'un extraordinaire potentiel pour la recherche.
Concernant les cellules souches embryonnaires, il a rappelé qu'on en
était au stade de l'étude de leur fonctionnement et qu'il n'y avait
aucun essai clinique réalisé sur l'homme. Il a souligné leur risque tumorigène.
Le
professeur Marc Peschanski, Directeur de recherche à l'Inserm, dont
les principaux travaux portent sur les cellules souches
embryonnaires a déclaré "je n'ai jamais tué, un embryon humain,
jamais", car ses recherches, a-t-il expliqué, se font sur les
cellules issues d'embryons qui ne font plus l'objet d'un projet
parental, récupérées après un DPI. Il n'a pas nié l'existence de
difficultés liées aux cellules souches
embryonnaires.
Pour le Pr
Philippe Ménasché, professeur de chirurgie thoracique et
cardio-vasculaire à l'Université Paris V, chirurgien cardiaque à
l'hôpital Georges Pompidou et Directeur d'unité à l'Inserm, il
existe des perspectives thérapeutiques grâce à la thérapie
cellulaire. Pour lui, la question n'est pas de savoir si l'on
utilise des cellules souches adultes ou embryonnaires mais de se
focaliser sur la maladie. Sur certaines pathologies, les cellules
adultes sont efficaces, sur d'autres, elles ne le sont pas. Il est
donc utile pour lui de tester les cellules souches embryonnaires. Aucune
autre question ne doit intervenir.
En
conclusion, Valérie Pécresse considère qu'il y a un consensus pour
lever le moratoire de 5 ans sur la recherche sur l'embryon pour
passer à un régime d'autorisation de recherche sur ces embryons.
Elle explique qu'il "ne faut évidemment pas se priver de cette
possibilité" et que ces embryons étant voués à la destruction,
les utiliser pour la recherche c'est faire comme on fait sur les
autres patients lorsqu'on leur prélève des organes. Il n'y a pas
donc pas de transgression majeure, estime-t-elle. Elle conclut qu'il
y a un consensus des chercheurs présents pour obtenir l'autorisation
de créer des embryons pour la recherche. Elle regrette qu'on n'ait
pas davantage évoqué l'autorisation du clonage.
Deux
ministres sont intervenus, Xavier Bertrand, Ministre de la Santé et
des Solidarités qui veut organiser des Etats Généraux pour le 1er
semestre 2008 dans la perspective de la révision des lois de
bioéthique en 2009 et François Goulard, Ministre délégué à
l'Enseignement supérieur et à la recherche qui a affirmé qu'il était
pour l'autorisation de la recherche sur l'embryon et pour la levée
du moratoire. Il considère qu'il n'est pas respectable de
s'opposer par principe à certaines recherches et qu'il n'y a en
France aucune manipulation contestable.
[Lire en ligne
les résultats de l'enquête :
"Que nous dit l'opinion publique sur l'assistance médicale à la
procréation, la génétique et la recherche sur l'embryon" ?]