Mario
Marazziti, porte-parole de la Communauté de Sant' Egidio et
cofondateur de la Coalition mondiale contre la peine de mort,
revient dans Le Monde sur la peine de mort. Il explique la
façon dont la mort intervient avec l'injection létale : "une
substance à base de curare paralyse les muscles, tandis qu'une autre
congèle et détruit. Mais la sensibilité ne disparaît pas, seulement
la possibilité de hurler et de se rebeller contre l'horreur". Le
British Medical Journal résume en déclarant :"on a la sensation
d'exploser de l'intérieur mais on ne peut même pas crier". C'est
pourquoi Mario Marazziti souhaite qu'un moratoire universel des
exécutions soit mis en place le plus rapidement possible et que la
peine de mort soit abolie.
La peine de mort est encore régulièrement appliquée dans 54
pays dont les Etats-Unis, le Japon, la Chine et l'Inde. Et pourtant,
elle ne fait pas baisser le nombre de crimes graves et ne semble pas
avoir d'effets dissuasifs. "La peine capitale entend lutter
contre la mort, mais en réalité elle légitime au niveau le plus
élevé [...] le fait que la vie puisse être ôtée" explique Mario
Marazziti. Il dénonce l'extension d'une culture de mort.
D'après l'une de ses études faites aux Etats-Unis, 13 à 15%
des condamnés à mort américains sont innocents. Au Japon, les
condamnés ne connaissent pas la date de leur exécution qui
peut avoir lieu plusieurs années plus tard. "Le troisième
millénaire a besoin d'un droit plus humain", déclare-t-il.
"Aucune exécution n'a jamais rendu la vie aux victimes ;
au contraire, elle en a créé de nouvelles", explique-t-il. Il
dénonce les blessures faites aux familles des condamnés qui reste
"figées dans la haine". Il faut, dit-il, lutter contre la peine
de mort pour que l'Etat ne soit pas rabaissé
"au rang de ceux qui
donnent la mort".