En
1998, pour la première fois, à l'hôpital Saint-Louis, l'équipe
d'Eliane Gluckman injectait à un jeune garçon atteint de la maladie
de Fanconi, le sang prélevé dans le cordon ombilical de sa petite
sœur qui venait de naître. Âgé aujourd'hui de 18 ans, ce garçon est
en parfaite santé. Depuis, 3 000 personnes atteintes de maladies du
sang ou de la moelle osseuse ont été soignées grâce à un don de sang
placentaire.
Il existe
actuellement dans le monde une cinquantaine de banques publiques qui
conservent le sang de cordon et qui est à disposition de tous.
Le sang de cordon contient des cellules souches hématopoïétiques qui
produisent les cellules sanguines. Si l'on injecte par intra
veineuse à un malade dont le système de production de cellules
sanguines est défaillant ces cellules souches du sang placentaire,
elles vont spontanément se loger dans la moelle osseuse et produire
les cellules sanguines nécessaires à l'organisme. Ce sang de cordon
est donc particulièrement prometteur et serait une clé de la
médecine régénératrice.
Des
biologistes ont découvert que des cellules souches fœtales, présentes
aussi dans le sang de cordon, seraient susceptibles de générer,
in vitro, de l'os, du cartilage, des vaisseaux, des muscles et
des neurones. D'où l'immense espoir qu'elles soulèvent pour soigner
toutes sortes de maladies. Différentes expériences ont déjà été
menées avec succès. Ainsi, une équipe anglaise a-t-elle déjà créé un
mini foie à partir de cellules extraites du sang placentaire
(cf. lettre Gènéthique du mois de novembre 2006).
Le mois
dernier une petite fille a été traitée d'une maladie sanguine très
rare, par autogreffe de son sang de cordon que les parents avaient
fait conserver dans une banque privée.
Notons
cependant que les maladies du sang traitables par greffes
cellulaires sont rares, que l'on ignore aujourd'hui si le sang de
cordon permettra de soigner des maladies dégénératives et si les
cellules résisteront à une congélation longue durée.
Le Congrès
américain a déjà voté un budget de 79 millions de dollars pour la
conservation de sang de cordon et pour la recherche. La France
compte peu de banques par rapport au réseau international. L'Agence de
Biomédecine "subviendra aux besoins pour que les capacités de
stockage soient doublées dans les 2
ans à venir",
assure Hélène Esperou, responsable de l'encadrement des banques de
sang de cordon à
l'Agence de Biomédecine.
La banque de l'hôpital Saint-Louis qui avait fermé en 2003 par
manque de crédits devrait donc rouvrir en 2007.
Ces
premiers résultats ont entrainé l'ouverture dans le monde de banques privées de
sang de cordon. Des Etats-Unis à la Chine, des sociétés privées
fleurissent et proposent de conserver le sang de cordon pour 2 000
euros pour 15 ans renouvelables. Beaucoup de Britanniques ont déjà
fait le pas. L'article montre l'inquiétude de certains, en
France, face à cette recrudescence des banques privées. A ce titre,
la création la semaine dernière par Richard Brandson de la première
banque privée-publique au Royaume-Uni, est intéressante. Baptisée la
Virgin Health Bank, elle est
financée par ses clients et ses investisseurs et donnera,
gratuitement, 80% de chaque prélèvement à une banque publique. Les
20% restants resteront la propriété exclusive de la famille.
(cf.
revue de presse du 02/02/07). Les bénéfices obtenus seront
reversés intégralement à la recherche sur les cellules souches
adultes.