Dans
La Revue médicale suisse, Jean-Yves Nau propose une réflexion sur le
statut de l'embryon dans un article intitulé "Des fœtus humains et de
leur statut".
Rappelant la découverte des 350
fœtus en bocaux dans la chambre mortuaire de l'hôpital
Saint-Vincent-de-Paul (cf.
Synthèse de presse d'août 2005), Jean-Yves Nau s'interroge :
"Point n'est besoin d'être devin pour voir que tout ceci conduit à
mettre en scène la question hautement délicate du statut de l'embryon et
du fœtus humains, de l'enfant à naître".
Le journaliste constate que
cette question s'articule, dans les pays occidentaux, avec d'autres
thèmes que sont la maîtrise croissante de la contraception et de la
forme de reproduction, la dépénalisation de la pratique de
l'interruption volontaire de grossesse, les progrès majeurs de
l'assistance médicale à la procréation, de l'échographie obstétricale et
du diagnostic prénatal, etc. Il
constate qu'il est difficile de poser la question du statut du fœtus
humain, sans qu'on nous accuse de "chercher à remettre pour
partie en question les catégories de personnes et de choses héritées du
droit romain" et "être soupçonné de combattre la dépénalisation
de l'avortement".
Jean-Yves Nau note que cette
question est tabou et difficile à aborder sans être enfermé dans
un courant d'idées. "Pour l'heure, en France, seuls quelques
courageux spécialistes de philosophie des sciences et du droit médical
osent s'intéresser à ce sujet à haut risque, auquel l'affaire de
l'hôpital Saint-Vincent-de-Paul vient, brutalement, de conférer une
nouvelle actualité".
Pour le journaliste :'"ll
faudra bientôt, très bientôt, choisir entre "la personne humaine
potentielle" et la "potentialité de personne humaine". Notre
époque parviendra-t-elle à se consacrer à la recherche d'une adéquation
entre le droit et les mœurs, travail qui permettrait, enfin de définir
un statut évolutif embrassant cet espace temps qui va de la conception à
la naissance".
Il note les "louvoiements,
comme ceux du Comité national français d'éthique partagé entre deux
définitions, celle de "personne humaine potentielle" et de "potentialité
de personne humaine"" et précise que ce même Comité oublie "du
même coup qu'il n'est pas de "personne" qui ne soit "humaine"".
Jean-Yves Nau fait référence à
la réflexion du Dr Roger Bessis, pionnier de la technique échographique
dans le domaine obstétrical et vice-président du Collège français
d'échographie fœtale, auteur du livre "Qui sommes-nous avant de
naître ?". Dans son ouvrage, le Dr Roger Bessis explique que notre
époque doit inventer "une troisième voie" qui permettrait de
conférer un "statut" au fœtus. "Ce n'est pas le fœtus qui a
droit à un statut parce qu'il est une personne mais la personne qu'il
sera qui a droit à un statut même quand elle n'est que fœtus",
souligne-t-il. "Ce n'est pas du droit du fœtus qu'il s'agit mais de
celui de tout adulte de ne pas être pénalisé par un mauvais départ dans
la vie et de celui de la société de se protéger des dérives de la
maîtrise médicale, voire des dérives politiques".
Et le journaliste conclut :
"Sera-t-il entendu ? Et si oui, par qui ?".