Le
Monde revient sur les découvertes récentes faites dans le domaine de
la recherche sur les cellules souches adultes qui ont littéralement
bouleversé les termes du débat entre tenants de l'utilisation des
cellules souches embryonnaires et
tenants de l'utilisation des cellules souches adultes.
Il y a peu, le
débat semblait se résumer à une problématique éthique : l'utilisation
des cellules embryonnaires, issues de la destruction d'embryons humains.
Mais, "aucune des applications thérapeutiques imaginées à partir des
cellules souches embryonnaires humaines n'a encore vu le jour",
constate Jean-Yves Nau alors que du côté des cellules souches adultes,
les découvertes se succèdent.
Ainsi, deux
équipes - l'une japonaise, dirigée par Shinya Yamanaka (de l'université
de Kyoto) et l'autre américaine, dirigée par James Thompson (de
l'université Wisconsin-Madison) - viennent d'annoncer avoir réussi à
transformer des cellules de peau humaine ayant les mêmes propriétés que
les cellules souches embryonnaires (cf.
Synthèse du 21/11/07).
Dans une étude
parue hier dans Cell-Stem Cell, l'équipe d'Yvan Torrente annonce
avoir réussi à reconstituer des muscles de malades atteints de la
myopathie de Duchenne. Les chercheurs ont prélevé des cellules souches
dans le sang ou les muscles de jeunes patients. Ils ont ensuite corrigé
génétiquement ces cellules puis les ont réinjectées chez des souris
modèles de myopathie et ont constaté des améliorations de la fonction
musculaire (cf.
Synthèse du 13/12/07).
Pour Jean-Yves
Nau, "l'amélioration progressive de la maîtrise de ces éléments
cellulaires semble bien constituer une nouvelle voie pour comprendre le
vivant et, chez l'homme, en corriger un jour certaines de ses
expressions pathologiques les plus douloureuses".
Il ajoute que
ce débat qui "dépasse la clivage science-religion" n'est pas sans
conséquence, y compris dans l'élaboration de la législation. La loi de
bioéthique de 2004 interdit, par principe, les recherches sur l'embryon
tout en les autorisant, par dérogation. Une quarantaine d'autorisations
ont été délivrées à 35 équipes, par l'Agence de la biomédecine. Mais,
dans le contexte scientifique actuel, "la situation pourrait
radicalement changer avec la révision de la loi prévue en 2009",
note le quotidien.
Au sommaire de
la prochaine révision des lois de bioéthique est inscrit aussi l'usage
des cellules de sang de cordon, dont on sait qu'elles peuvent guérir
certains enfants atteints de graves maladies sanguines. Un réseau
international de banques de sang de cordon, basé sur le don, s'est donc
mis en place. Parallèlement, on assiste au développement des banques
privées, système auquel la France s'oppose.
Le Monde
publie les opinions de quatre personnalités sur la recherche sur les
cellules souches embryonnaires humaines :
- Marc Peschanski, directeur d'I-Stem, spécialisé dans la recherche sur
les cellules souches embryonnaires humaines, cofinancé par l'Association
française contre les myopathies (AFM), "prône la poursuite des
recherches sur les cellules souches embryonnaires" ;
- Pierre-Louis Fagniez, député UMP, rapporteur de la loi de bioéthique
de 2004, conseiller de la ministre de la recherche (Valérie Pécresse), "s'est
prononcé en faveur du développement conjoint des recherches
scientifiques et médicales sur les cellules souches embryonnaires et
adultes" ;
- Claude Huriet, ancien vice-président du Comité international de
bioéthique de l'Unesco, "défend le développement des solutions
alternatives à la recherche sur les cellules souches embryonnaires,
selon lui de plus en plus prometteuses" ;
- Mgr Elio Sgreccia, président de l'Académie pontificale pour la Vie, "condamne
avec force, au nom de la dignité humaine, les travaux sur les cellules
souches embryonnaires et encourage toutes les solutions alternatives".
Enfin, le
quotidien explique la genèse des recherches sur les cellules souches
embryonnaires et montre qu'elles ne sont rendues possibles que par le
développement des techniques d'assistance médicale à la procréation
(AMP). Afin d'augmenter les chances d'obtenir une naissance, les
chercheurs ont pris l'habitude de créer plus d'embryons qu'ils n'en
réimplantent et de conserver les embryons non utilisés. L'Agence de la
biomédecine estime à 120 000 le nombre de ces embryons. 40% d'entre eux
seraient dénués de "projet parental" et donc "disponibles" pour la
recherche... Ces recherches enfin ont été permises aussi parce que le
bénéfice thérapeutique des cellules souches adultes de moelle osseuse et
de peau a été démontré dans certaines formes de leucémie et chez les
grands brûlés par exemple.