Dans
un article intitulé "Les clones humains seront-ils des personnes ?
", Jean-Yves Nau analyse l'actualité en matière de clonage. Il
souligne la concomitance entre "l'étrange prise de position d'une
institution dépendant des Nations-Unis concernant la nécessaire
protection des futurs êtres humains obtenus à partir de la technique du
clonage" et "l'annonce de la création, par l'homme, d'embryons de
macaques rhésus clonés".
Jean-Yves Nau met l'accent sur
les deux principales conclusions issues du rapport rédigé sous la
responsabilité de l'Institut des recherches avancées de l'Université des
Nations-Unis (Yokohama) :
- la communauté internationale devrait
parvenir à un accord bannissant la mise en œuvre de la technique du
clonage à visée reproductrice dans l'espèce humaine ;
- il est nécessaire de mettre en
place, au niveau international, les outils juridiques indispensables à
la protection des futurs clones humains.
La récente annonce de clonage
d'embryons de primates créés à partir de transfert de noyaux (cf.
Synthèse de presse du 16/11/07)
a relancé le débat sur le clonage humain et le statut du clone.
Pour Brendam Tobin du Centre
irlandais pour les droits de l'homme (Université Nationale d'Irlande) et
coauteur du rapport :"l'échec de l'ONU à rendre illégal le clonage
reproductif dans l'espèce humaine signifie qu'il s'agit seulement d'une
question de temps avant que des clones humains ne voient le jour et se
multiplient en raison des avancées de la recherche (...)". Il
recommande "une interdiction mondiale, avec force de loi, de créer un
clone humain, couplée de l'autorisation de recherche contrôlée sur le
clonage à visée thérapeutique".
Pour Jean-Claude Ameisen,
président du comité d'éthique de l'Institut national français de la
santé et de la recherche médicale (Inserm) : "(...) Le problème
auquel nous allons être confrontés avec de plus en plus d'insistance est
bien celui du choix que nous devons faire vis-à-vis de cette
possibilité" de clonage humain.
Le journaliste s'interroge sur
la frontière entre le non-humain et l'humain et quel statut donner au
clone : "Qu'en sera-t-il, demain ou après-demain, des êtres humains
créés par clonage ? Qu'en sera-t-il des hybrides obtenus par transfert
de noyaux de cellules somatiques humaines dans des ovocytes
énuclées de guenons humanoïdes ? Ou des hybrides obtenus par la voie
inverse ? Les qualifiera-t-on de sous-hommes avec toutes les
conséquences que l'on peut d'ores et déjà imaginer ?(...)".
Parallèlement à ce débat,
Jean-Yves Nau constate la montée d'"un douloureux questionnement,
celui de la définition de l'humain".
NDLR : Le 18 février
2005, l'ONU adoptait au terme de deux années de vifs débats une
Résolution contre toute forme de clonage humain ainsi que l'interdiction
de la recherche sur les cellules souches embryonnaires
(cf synthèse de presse du 21/02/05). Lors de ces débats, la France
demandait comme l'Angleterre, une interdiction du seul clonage humain
reproductif et demandait d'autoriser le clonage dit "thérapeutique".
Mais la majorité des pays avaient fait valoir que le clonage humain est
toujours la création d'un être humain et qu'il fallait donc l'interdire
quelque soit le but poursuivi, que ce soit pour produire des embryons
pour la recherche (clonage dit "thérapeutique") ou que ce soit pour
laisser l'embryon se développer jusqu'à la naissance. L'interdiction
mondiale du clonage humain existe donc déjà. Cette nouvelle résolution
viserait donc à limiter l'interdiction déjà formulée pour autoriser le
clonage de recherche (dit "thérapeutique").