La
Croix revient sur les débats éthiques suscités par le Téléthon.
Dans son éditorial, Dominique
Quinio constate, qu'un an après la controverse sur le Téléthon suscitée
par le financement des recherches sur l'embryon, "rien n'a bougé"
du côté des organisateurs. L'Eglise, elle, ne veut pas taire les "graves
interrogations soulevées" : "la création et l'utilisation
d'embryons pour la recherche ; le tri des embryons avant implantation
pour éviter que naissent des enfants porteurs d'anomalie génétique ;
l'appât des profits financiers escomptés, devant lequel s'effacent
aisément les réticences morales ; les approximations de la communication
qui laissent à tort espérer des guérisons prochaines pour des maladies
angoissantes...".
La philosophe Danielle Moyse
rappelle que "le débat autour du Téléthon - la question du
désengagement de l'Etat dans la recherche, encouragé de fait par le
Téléthon, l'exhibition de "beaux bébés" du Téléthon alors qu'il s'agit
de rescapés du tri anténatal - ne touche pas seulement le monde
religieux, mais, depuis déjà un moment, les milieux associatifs et les
personnes handicapées". Non croyante, Danielle Moyse regrette que,
l'année dernière, "sous prétexte que les critiques venaient de
l'Eglise, ce n'était pas à entendre".
Pierre-Olivier Arduin, responsable
de la commission bioéthique du diocèse de Fréjus-Toulon, se félicite du
"réveil des consciences" opéré l'année dernière : "notre but
n'était pas de faire baisser les dons du Téléthon, mais d'alerter les
consciences sur des problèmes très graves".
Dans son discours aux évêques
prononcé à Lourdes il y a quelques semaines, Mgr André Vingt-Trois,
archevêque de Paris et nouveau président de la Conférence épiscopale, a
rappelé que "la générosité ne légitime pas tout". "Nous
souhaitons donc que chacun réfléchisse et que soient entendues les
graves questions que nous avons soulevées : tri embryonnaire,
utilisation des cellules embryonnaires et médiatisation des jeunes
malades."
Chacun est donc appelé à se poser
ces questions essentielles, à l'instar de Christophe Creusat,
président des AFC de la Meuse, qui "parce qu'on a commencé à parler
de tri des individus sur les gènes", n'a pas envoyé de chèque. "En
tant que médecin, je ne pourrais pas accompagner mes malades myopathes
ou trisomiques tout en ayant donné de l'argent pour qu'ils ne soient pas
là", explique-t-il. René Ridel, secrétaire du comité catholique
contre la faim et pour le développement (CCFD) à Nantes, ne se reconnaît
pas dans les moyens mis en œuvre par le Téléthon : "l'Evangile dit "quand
tu fais l'aumône, fais le discrètement". (...) Avec le
Téléthon, on est plutôt dans le pain et les jeux..." Engagée depuis
plusieurs années aux côtés du Téléthon, une école de la Somme a, après
que quelques parents aient fait part de leurs réserves à l'égard de
certaines recherches financées par l'AFM, décidé de soutenir en
alternance le Téléthon et une autre association.
Outre ces problèmes éthiques,
Jacques Testart, "père" du premier bébé-éprouvette français, dénonce lui
"l'impasse stratégique" et la "mystique généreuse" du
Téléthon "qui abuse les malades et leurs familles", alors que "la
thérapie génique semble incapable de guérir la plupart des maladies
génétiques". Axel Kahn ajoute que ce débat, bientôt, n'aura plus
lieu d'être. "Depuis un an les recherches sur les cellules souches
dites adultes ont été confirmées" et, ce faisant, "l'AFM, qui
privilégie la probabilité des résultats, s'engagera vraisemblablement
davantage encore dans cette voie" [la recherche sur les cellules
souches adultes, NDLR].
Aux Etats-Unis, les recherches sur
l'embryon suscitent les mêmes débats éthiques. Heureusement, l'annonce
de la découverte de Shinya Yamanaka (obtention de cellules pluripotentes
à partir de cellules adultes de peau, sans détruire d'embryons), "pourrait
signifier, à terme, la fin d'un débat douloureux sur cette recherche".
La Croix interroge par
ailleurs Laurence Tiennot-Herment, présidente de l'Association française
contre les myopathies (AFM), sur son refus d'organiser un fléchage des
dons. "Nous sommes défavorables au don fléché, car c'est (...)
un risque de remise en cause de la stratégie de l'association." "Un
fléchage des dons provoquerait un saupoudrage qui nuirait à notre
stratégie", poursuit-elle. "La relation des donateurs avec le
Téléthon est basée, depuis vingt ans, sur une confiance mutuelle." "Les
donateurs nous font confiance", conclut-elle.
Le quotidien énumère ensuite les "points
qui focalisent la critique" : la recherche sur l'embryon et le
dépistage pré-implantatoire (DPI). La recherche sur l'embryon consiste à
prélever des cellules de l'embryon (de facto détruit par cette
manipulation) "pour les utiliser comme matériau de recherche",
explicite la Fondation Jérôme Lejeune. Bien que le problème soulevé soit
d'ordre moral, pour certains ces recherches sont légitimes puisque
autorisées par la loi de bioéthique de 2004, précise La Croix.
Quant au DPI, la journaliste explique bien qu'il s'agit de trier les
embryons in vitro afin d'éliminer ceux qui ne sont pas "sains".
Elle cite les "détracteurs" du DPI pour qui cette pratique relève
de "l'eugénisme" - car il n'est pas un acte médical : "il ne
soigne pas , il élimine les fœtus atteints" - et ceux qui reprochent
au Téléthon de surexposer des enfants nés en bonne santé "grâce" au DPI.
Marianne Gomez, comme Dominique Quinio dans son éditorial, justifie le
dépistage préimplantatoire par la souffrance des familles concernées.
Elle estime en effet que dire "qu'un enfant a été guéri "grâce au
DPI"" ou dire que "des couples à risque ont mis au monde des enfants
indemnes d’une maladie grave grâce à l’utilisation du DPI", c'est
faire un "subtil distinguo".
Enfin, La Croix donne la
parole à une mère de famille, pour qui "le diagnostic
préimplantatoire, qui permet de sélectionner des embryons non malades,
n'a rien à voir avec l'eugénisme". "Mon fils de 23 ans est
atteint d'une myopathie (...). Si la science peut faire quelque chose
pour guérir mon fils, je ne demande que ça."
[NDLR : N'est-on pas en droit de
s'étonner de lire dans La Croix qu'il n'y aurait qu'un "subtil
distinguo" entre un enfant guéri et un enfant rescapé du tri
embryonnaire ?]