Le
magazine La Vie consacre un dossier spécial aux cellules souches.
Il revient notamment sur la découverte des Prs Yamanaka et Thomson qui
ont obtenu, à partir de cellules de peau humaine, des cellules souches
dotées du même potentiel que les cellules souches embryonnaires. Cette
découverte est vraiment révolutionnaire explique Grégory Katz,
professeur de bioéthique à l'Essec : "car les chercheurs ont réussi à
inverser le processus naturel de développement cellulaire". Il
devient maintenant possible de créer des lignées cellulaires pour chaque
individu, à partir de ses propres cellules reprogrammées : des "cellules
médicaments " sur mesure.
Cette
découverte ouvre des perspectives pour de nombreuses applications. Elle
pourrait permettre, par exemple, de régénérer des tissus par autogreffes
pour des maladies telles que Parkinson ou Alzheimer. Autre exemple pour
les personnes diabétiques, il suffirait de greffer des cellules souches
dans le pancréas pour lui permettre de produire de nouveau de
l'insuline.
Comme pour le sang de cordon,
il faudrait créer des bio-banques pour récolter de la peau, de la
graisse ou du sang.
Pour beaucoup de chercheurs,
cette découverte marque un coup de frein à la recherche sur l'embryon
mais, d'autres chercheurs comme John de Vos (CHU de Montpellier) qui
travaille sur les cellules souches embryonnaires, expliquent que
"pour savoir si les cellules ainsi obtenues ont les mêmes capacités que
les embryonnaires il faudra bien continuer à travailler sur l'embryon".
Le magazine La Vie
rappelle que les cellules souches embryonnaires sont obtenues à partir
de la destruction de l'embryon, au cinquième jour de son développement.
Aucune application thérapeutique n'a été obtenue avec ces cellules alors
que d'importants succès thérapeutiques ont été obtenus avec les
cellules souches adultes, dans le traitement des affections cancéreuses,
sanguines ou de grands brûlés.
Ces récentes découvertes
devraient aussi modifier les axes de recherche du Téléthon, premier
financeur en France de la recherche sur l'embryon. "La piste ouverte
par le Pr Yamanaka mérite d'être explorée", souligne Serge Braun,
directeur scientifique de l'Association française contre les myopathies
(AFM). "Mais cela ne veut pas dire qu'il faille abandonner les autres
voies. Il est trop tôt pour en tirer des conséquences", ajoute t-il.
"Les moyens financiers alloués à la recherche n'étant pas
extensibles, il faudra cependant faire des choix et fixer des priorités",
explique La Vie.
Au niveau éthique, l'Eglise
affirme qu'avec cette découverte "les progrès médicaux et le respect
de la vie humaine ne sont plus en conflit". "Tous les humanistes ne
peuvent que se réjouir de cette découverte, une énorme victoire contre
le scientisme qui considère l'embryon humain comme un simple matériau",
conclut Grégory Katz.
Le Pr Mc Guckin, de
l'université de Newcastle, vient d'annoncer la création avec la Fondation
Jérôme Lejeune de Novussanguis, un réseau international de recherche
regroupant plusieurs laboratoires, travaillant sur les cellules souches
de sang de cordon. L'objectif est d'encourager une médecine
régénératrice "responsable". "Avec les cellules souches de sang de
cordon, nous parviendrons à trouver des thérapeutiques pour de
nombreuses maladies", affirme le Pr McGuckin.
Rappelons qu'en 2005 le Pr
McGuckin et son collaborateur français Nico Forraz ont démontré, pour la
première fois, l'existence de cellules pluripotentes dans le sang de
cordon. Ce groupe de cellules souches ont un profil similaire aux
cellules souches embryonnaires et ont la propriété de former différents
types de tissus : tissu sanguin, nerveux ou hépatique. En 2005 et 2006,
le professeur McGukin a publié d'autres résultats dont la première
création d'un mini foie en 3 dimensions à partir de cellules du sang de
cordon.