Le
journal La Croix consacre un dossier spécial sur les cellules
souches. Il rappelle que la première greffe de cellules souches
hématopoïétiques (précurseurs des globules blancs) issues de la moelle
osseuse a eu lieu en France en 1977. Les découvertes successives en
matière de cellules souches adultes démontrent l'intérêt de ces cellules
dans le domaine de la "médecine régénératrice". Il rappelle qu'à ce
jour, il n'y a aucun essai clinique humain dans le monde portant sur des
cellules souches embryonnaires humaines.
Le dossier
consacre une page à la question : "La création d'embryons pour
la recherche est-elle inéluctable ?" avec les interventions de Marc
Peschanski, Axel Kahn et le père Patrick Verspieren.
Marc Peschanski,
biologiste et directeur de l'Institut des cellules souches (I-Stem,
Inserm-AFM) à Evry, estime que "plusieurs modifications devront être
apportées" à la loi de bioéthique. "Par exemple, il ne devrait
plus être nécessaire de fixer un objectif thérapeutique immédiat : les
besoins en connaissance des cellules souches embryonnaires sont tels que
nous en sommes encore à la recherche, la finalité thérapeutique étant
encore lointaine."
Il ajoute que
"la loi devra permettre la constitution d'embryons pour la recherche,
ainsi que le transfert nucléaire, malheureusement nommé "clonage
thérapeutique"".
Il précise :
"je pense désormais qu'il n'y a pas d'urgence à avancer la révision de
2009 à 2007" parce que "la dérogation de 2006 permet de faire du
transfert nucléaire comme les Anglais" et que "concernant le
transfert d'un noyau humain dans un ovocyte animal, ce qu'on appelle un
"cybride" [NDLR : clonage pour obtenir une chimère mi-homme
mi-animal], il s'agit d'une alternative intéressante".
Enfin, il estime
qu'"aujourd'hui nous pouvons expliquer à quoi sert ce que nous
faisons sans être obligés de justifier un peu hypocritement nos travaux
en promettant une rapide application thérapeutique".
Axel
Kahn, biologiste à l'Inserm, directeur de l'Institut Cochin et ancien
membre du Comité national d'éthique explique que l'actuelle loi de
bioéthique devrait être modifiée pour autoriser "la recherche sur les
embryons surnuméraires créés dans le cadre de la procréation
médicalement assistée, sous réserve, de l'accord des géniteurs".
"L'élargissement de la loi devrait aussi s'étendre à ce qu'on appelle
abusivement le clonage thérapeutique" ajoute-t-il. Il estime par
conséquent qu'il n'est pas nécessaire "d'autoriser la création
d'embryons à des fins de recherche".
Il
reconnaît qu'en Angleterre où la création d'embryons pour la recherche
est autorisée depuis 1990, les résultats obtenus n'ont pas été
"particulièrement concluants". Il rappelle que "personne n'a, à
ce jour , réussi à obtenir des cellules spécialisées issues des cellules
souches humaines embryonnaires" et précise pour ces cellules :
"je ne vois pas de perspective à court ou moyen terme".
S'il
dénonce les risques de trafic d'ovocytes dans le cadre du clonage, il
préconise une autre technique : "la fusion d'une cellule humaine et
d'un ovocyte provenant d'un animal"
[NDLR : clonage pour obtenir une chimère mi-homme mi-animal].
Il regrette que "cet assemblage hétérospécifique qui a
malheureusement un fort pouvoir fantasmagorique soit refusé par l'Eglise
catholique".
Quant
au père Patrick Verspieren, responsable du département d'éthique
biomédicale au Centre Sèvres des jésuites de Paris, il rappelle
l'importance des cellules souches adultes qui, elles, ne posent aucun
problème éthique. Il rappelle que l'Eglise catholique s'oppose aux
recherches sur les cellules souches embryonnaires car "cela implique
l'utilisation puis le rejet de l'embryon". Il souligne en plus qu'il
n'existe actuellement aucune possibilité thérapeutique envisageable avec
ces cellules embryonnaires.
L'Agence
de Biomédecine vient de publier la synthèse des rencontres
parlementaires sur la bioéthique du 7 février 2007. Pour télécharger la
synthèse,
cliquez ici. |