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Le
journal Le Monde a mené une enquête sur les interruptions
médicales de grossesse (IMG) au Centre pluridisciplinaire de diagnostic
prénatal (CPDP) de l'hôpital d'Angers. Dans ce centre, chaque semaine
les médecins se réunissent pour examiner les dossiers des grossesses
"à problèmes".
Depuis la loi Veil en
1975, l'IMG est autorisée en France jusqu'au terme (9 mois) s'il
existe "une forte probabilité que l'enfant à naître soit atteint
d'une affection d'une particulière gravité, reconnue comme incurable au
moment du diagnostic". 45 centres sont agréés pour définir si
l'affection dont est atteint le fœtus entre dans le cadre de l'IMG.
On dénombre 6 000 IMG
chaque année en France. En 2005, sur 820 dossiers étudiés à Angers, 102
ont abouti à un avortement : 53 pour des polyformations (cardiaques,
cérébrales etc...), 27 pour des anomalies chromosomiques (trisomies), 13
pour des maladies génétiques. Les médecins précisent "la décision est
individuelle et éclairée".
Les médecins de ce centre
s'indignent de la réaction du Pr Didier Sicard, président du Comité
consultatif national d'éthique qui, dans une récente interview
déclarait, que le diagnostic prénatal "flirte de plus en plus avec
l'eugénisme" et "renvoie à une perspective terrifiante : celle de
l'éradication". Les médecins estiment que la réaction du Pr Sicard
est "désincarnée, très éloignée de notre pratique quotidienne". "Une
solution univoque pour une même malformation, cela n'existe pas.*
S'ériger en moraliste, rester en gants blancs sur le pont sans tenir
compte de ceux qui ont les mains dans le cambouis...c'est trop facile",
ajoutent-ils.
"En cas de trisomie 21,
la majorité des couples demandent une IMG", explique le docteur
Florence Biquard, gynécologue-obstétricien. Les médecins accèdent à leur
demande. "Je ne me vois pas imposer aux autres ce que la société a du
mal à accepter", explique un autre médecin. "Avant de parler de
dérive, il faut déjà balayer devant sa porte et s'occuper correctement
des personnes handicapées" ajoutent-ils.
Les médecins reconnaissent
que leur discours "a une influence majeure" sur leurs patientes,
même s'ils insistent sur le libre choix laissé aux couples. Ils
expliquent que certaines femmes refusent l'amniocentèse notamment en
raison des risques de fausse couche et que d'autres choisissent de
garder leur fœtus atteint d'une pathologie létale : "ces couples
veulent aller jusqu'au bout, sans altérer le cours des choses,
accompagner, après la naissance, leur bébé jusqu'à son décès et se dire
qu'eux et les médecins ont fait tout ce qu'ils ont pu", raconte un
médecin.
Le diagnostic prénatal
suscite "beaucoup d'angoisse et d'anxiété" reconnaissent les
médecins."Cette période peut être, psychologiquement, une bombe à
retardement. Plus tard, si leur enfant rencontre des difficultés
d'apprentissage ou des problèmes d'hyperactivité, certaines femmes se
remémorent les moments difficiles de leur grossesse et ne peuvent
s'empêcher de faire un lien".
Le diagnostic prénatal
permet aussi de détecter des malformations qui seront soignées au plus
vite après la naissance.
* NDLR : 95% des
fœtus trisomiques 21 dépistés in utero sont avortés.
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