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La
Croix revient sur les articles parus il y a quelques mois dans
Nice matin et Var matin qui titraient : "Dépistage
de la trisomie 21 : le retard coupable de la France" et "Malaise
- un millier d'enfants trisomiques naissent chaque année en France"
(cf. synthèse
de presse du 20/06/06)
Danielle
Moyse, docteur en philosophie et chercheur associée au Centre
d'études des mouvements sociaux (CNRS-EHESS) s'indigne du sens de
ces articles. Les auteurs y parlent de "malaise" et de "culpabilité"
en raison du "trop grand" nombre de naissances d'enfants trisomiques
qu'ils laissent passer. Ils se sentent coupables de ne pas mieux
traquer les bébés trisomiques. Or, rappelle Danielle Moyse, la
culpabilité ne devrait évidemment pas être associée au fait que des
enfants trisomiques ne soient pas dépistés, mais plutôt dans la "traque"
dont ils font l'objet parce qu'ils ne correspondent pas à nos "modèles
normatifs".
Le plus
inquiétant est que notre société considère que "non seulement les
enfants trisomiques n'ont pas "le droit de vivre", mais même qu'ils
n'existent pas". Leur souffrance et celle de leur famille face à
notre violence ne compte pas. "Ne pas même imaginer qu'un homme
puisse être affecté par un jugement concernant son existence même,
c'est déjà considérer qu'il n'existe pas".
Danielle
Moyse cite la Haute Autorité de lutte contre les discriminations et
pour l'égalité (Halde) saisie par le Collectif contre l'Handiphobie
à la publication de ces articles. Pour la Halde, "les propos
tenus par le docteur X ne constituent pas une provocation à la
discrimination", parce qu'"il n'y a pas en l'espèce
d'incitation manifeste et directe à commettre une discrimination au
sens du code pénal, notamment à opérer une différence de traitement
entre des personnes placées dans des situations comparables, dans un
champ défini lui-même par la loi, tel que le refus d'embauche, de
logement, de vente d'un bien ou de l'accès à un service".
Puisque le droit français actuel ne reconnait pas le fœtus humain
comme une personne, il était sans doute impossible de rendre un
autre avis. "Pénalement, admettons !" dit-elle, "Mais
humainement ?". Comment ne pas, au minimum, songer à ces "rescapés"
du DPN, "susceptibles de s'émouvoir d'une déclaration affirmant
aussi publiquement combien ils sont indésirables".
En
envisageant la fermeture d'une discothèque qui avait refusé l'accès
à des personnes trisomiques 21, la préfecture de Saint-Malo avait,
elle, envisagé que ces personnes puissent être touchées par le rejet
dont elles avaient été les victimes (cf.
synthèse
de presse du 04/09/06). Comment, dès lors, ne
ressentiraient-elles pas "comme un déni l'invalidation même de
leur vie" ?
Danielle
Moyse conclut en dénonçant les "solutions radicales" qui
prévalent partout, le "refus", "l'éradication", la "logique
de l'élimination" de "ce qui nous dérange". Le vrai
malaise réside dans l'utilisation de ces méthodes. Ne serait-il pas
nécessaire de changer de logique ? |