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Au
Danemark, la société Cryos International est considérée comme un
leader sur le marché du sperme... Avec un stock de 750 000
paillettes (mini éprouvettes contenant chacune quelques millions de
spermatozoïdes congelés), ses ventes ont atteint 2 millions d'euros
en 2006 et plus de 12 000 naissances seraient liées à son action
dans une cinquantaine de pays. La société danoise connait donc un
véritable succès notamment avec l'archétype de l'enfant
nord-européen avec un site orné d'un bébé blond aux yeux bleus.
Ole Schou, son
fondateur dément toute tentation eugéniste "la majorité des clients
sont d'origine nord-européenne, et c'est parce qu'ils veulent un enfant
qui leur ressemble qu'ils s'adressent à nous".
Le prix de
vente et la "qualité" d'une paillette dépend du nombre de
spermatozoïdes mobiles survivant à la congélation mais il faut débourser
environ 112 euros pour une paillette, sachant qu'il faut en acheter une
douzaine en moyenne pour avoir un enfant.
Déterminer un
prix en fonction de la "qualité" d'un sperme humain ne semble pas
émouvoir Ole Schou qui précise que son objectif est "d'aider les
couples qui ne peuvent pas faire d'enfant".
Ole Schou a
créé Cryos en 1987. Ses premiers clients étaient des hommes qui
s'apprêtaient à subir une chimiothérapie. L'entreprise étant peu
rentable, il livre ses premières paillettes en 1991 à une clinique
privée. Aujourd'hui la banque dispose d'un catalogue de 250 donneurs,
souvent des étudiants qui tous ont été testés. La législation danoise
autorise 25 procréations par donneur (contre 10 en France) pour prévenir
le risque de consanguinité.
Le Danemark
interdit la rémunération du don de sperme mais autorise le versement
d'une "compensation financière" exonérée d'impôt. Son montant
serait de 15 euros par don. Pour son fondateur, cette
"compensation" garantit un approvisionnement régulier en sperme.
Aujourd'hui
dans la plupart des pays européens, comme la Grande-Bretagne, l'anonymat
du don est interdit. C'est pourquoi, les donneurs ont déserté les
banques de sperme et se tournent vers des pays "plus laxistes"
comme la Belgique ou le Danemark.
Cryos affirme
avoir contribué à la naissance d'au moins 200 bébés français et assure
même avoir collaboré avec une poignée de médecins français, en toute
illégalité puisque l'importation du sperme est interdite en France. La
loi française prévoit en effet que le don de gamètes ne génère aucun
bénéfice. Les dons sont donc considérés comme un geste de "solidarité"
et sa gestion dépend des Cecos (Centre d'étude et de conservation
des œufs et du sperme humain).
Par ailleurs,
dans une interview, Jean Bouyer (Inserm), coresponsable de
l'Observatoire épidémiologique de la fertilité souligne que la qualité
du sperme s'est altérée ces dernières décennies. Ainsi, en 1992 une
étude danoise montrait qu'en 50 ans, la concentration des spermatozoïdes
était passée de 100 à 60 millions par millilitre de sperme.
Ce trouble
général de la fonction reproductrice chez l'homme serait lié à des
perturbations endocriniennes. Les pesticides et les phtalates, qui sont
des composants plastiques sont ainsi accusés. L'Observatoire
épidémiologique va lancer à partir de septembre une étude sur 100
couples cherchant à mettre en route une grossesse. Son objectif est
d'évaluer l'effet de l'exposition des couples à des polluants de l'air
et de l'eau pendant la période où ils essaient de concevoir. Les
premiers résultats sont attendus fin 2008. |