Le
magazine Valeurs Actuelles consacre un dossier grand public sur
la génétique et la procréation assistée, "Au grand bazar des
biotechnologies".Parmi
les thèmes abordés (procréation assistée, clonage,...), le généticien
Jacques Testart revient sur le dépistage préimplantatoire (DPI). Il
constate qu'il est en train de se muer en un véritable "système
d'épuration génétique" qui s'élargit à de plus en plus de
pathologies. Il ajoute : "certains chercheurs, politiciens ou
industriels agitent l'épouvantail du clonage reproductif pour cacher un
danger beaucoup plus préoccupant, le tri d'embryons. Cette technique,
peu "spectaculaire", qui n'intéresse pas les médias et que j'analyse,
pourtant depuis vingt ans, ouvre la porte à l'eugénisme." Aux
Etats-Unis, près de 3% des DPI sont pratiqués dans le simple but de
connaître le sexe de l'embryon pour satisfaire le choix des parents.
L'article énumère les sites
Internet qui proposent différents services : vente de gamètes
sélectionnées selon des critères très précis, jeunes mères porteuses
disponibles,... Des services très chers où le corps des femmes n'est pas
épargné (la stimulation ovarienne pour obtenir des ovules n'est pas sans
risque). Les nouveaux "clients" de cette procréation commercialisée sont
les couples homosexuels, les femmes célibataires ou ménopausées. "Le
business a déjà commencé et l'on est entré de plain-pied dans l'offre et
la demande du bébé sur commande" commente Jacques Testart. Il
dénonce notre course "à la perfection génétique de l'individu,
rejetant tout ce qui ne correspond pas à la norme. On va fabriquer de
l'humain vers un profil type, en subissant les pressions de la médecine.
C'est le début du racisme de gène".
La journaliste revient sur les
derniers "évènements" en bioéthique : au niveau international avec
l'article "mal interprété" du Pr Lanza sur la constitution de
lignées de cellules souches d'embryon humain sans détruire l'embryon
(cf.
revue de presse du 01/09/06), au niveau
national avec la sortie du rapport Fagniez et des réactions qui ont
suivi (cf.
revue de presse du 31/07/06).
Le Pr Axel Kahn considère, dans
le cadre du DPI, le tri d'embryons pour les familles comme un "formidable
outil" s'il n'est pas utilisé "pour des critères non
pathologiques". Toutefois il reconnaît certains problèmes éthiques
puisqu'il faut "mettre un frein à l'extension du pouvoir des parents
sur l'identité de l'enfant à venir".
Dire que le clonage "thérapeutique" "guérira demain toutes les
maladies incurables" est un "mensonge", estime Axel Kahn. "Dans
l'immédiat, l'intérêt scientifique se limite à une meilleure
compréhension des phénomènes de différenciation".
Pour lui, "le plus grand danger est de voir notre société, fondée sur
les droits de l'homme, glisser vers une société fondée sur le droit des
gènes".
Dans son livre La revanche
du serpent ou la Fin de l'homo sapiens, le Pr Bernard Debré, chef de
service d'urologie de l'hôpital Cochin, défend un "eugénisme de
liberté" concrétisé par le diagnostic préimplantatoire qui permet de
sélectionner les embryons non porteurs d'une maladie génétique. [NDLR :
sur ce livre
cf. l'article de Jean-Marie Le Méné, président de
la Fondation Jérôme Lejeune].
Le clonage thérapeutique est "l'une des plus grandes inventions du
XXème siècle", estime Bernard Debré. Aux réticents et indécis, il
scande "non à la frilosité" car "l'embryon, qui n'est rien
d'autre qu'un amas de cellules, ne doit pas être déifié". Il conclut
"le clonage thérapeutique et l'eugénisme de liberté sont faits pour
l'homme"... |