
L'attitude de la société et des
médecins face au début de la vie et à sa fin conduit Véronique Margron,
doyen de la faculté de théologie d'Angers, à s'interroger sur les
critères de l'humain.
"La communauté, à travers
des acteurs spécifiques, décide qui mérite ou non d'entrer dans
l'histoire du monde". La vie humaine est devenue une question de
décision : "L'existence humaine ne nous précède plus, elle se
déclare". Prenant l'exemple du statut de l'embryon, elle soulève la
différence de traitement entre "l'embryon-objet-accidentel" et le
"foetus projet". Le "foetus projet" existe par lui-même,
"il est désiré et l'avenir se dessine pour lui" alors que l'embryon-objet-accidentel"
est "fortuit, sans visage, sans histoire et nous décidons qu'il
n'appartiendra pas au monde des vivants car personne ne le désire"...
Elle poursuit sa réflexion en
évoquant l'évolution du regard que nous portons sur la mort : "La
mort n'est pas un fait incontournable de l'existence mais elle devient
un problème mécanique à résoudre". Elle prend l'exemple de la
réanimation néonatale. On sait que 55 000 enfants viennent au monde
avant terme chaque année, au dessous de 37 semaines - et un sur 5 sera
un grand prématuré (né avant 33 semaines). "L'OMS a défini une
barrière de viabilité mais on peut penser que celle-ci
fera l'objet de révision, tant au fil des mois, la recherche repousse
les limites du possible". Mais elle s'interroge : "Peut-on
manipuler sans fin les frontières et les conditions du début de
l'humain? Qui peut s'en donner le droit, et pourquoi ?".
La quête
d'immortalité guide de nombreux scientifiques et médecins d'aujourd'hui.
Mais elle conclut en rappelant que repousser les limites de la mort
ramène toujours les hommes à leur propre finitude. |