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Dans
une interview accordée au Monde, Claude Sureau - professeur de
gynécologie-obstétrique, membre du Comité national d'éthique et
vice-président de l'Académie nationale de médecine - plaide pour
autoriser la création d'embryons humains à des fins de recherche. "Autoriser
la "création-destruction" d'embryons humains, c'est nous donner les
moyens de prévenir la mort de fœtus ou de nouveau-nés" a-t-il
déclaré.
Prohibée en
France et dans la plupart des Etats européens, excepté en
Grande-Bretagne, cette pratique se justifierait, selon Claude Sureau,
par la congélation d'embryons humains et les interruptions médicales de
grossesse (IMG). "Le fait d'avoir des êtres humains congelés me met
mal à l'aise. (...) L'une des solutions serait de congeler les
ovocytes. (...) Pour vérifier que cette cellule sexuelle féminine
a gardé son caractère fonctionnel après décongélation, il n'y a pas
d'autre solution que de chercher à la féconder. Si vous avez réussi,
qu'avez-vous créé, sinon un embryon pour la recherche qui ne sera jamais
implanté mais uniquement étudié ?". Il poursuit en affrimant que : "Toutes
les recherches, capitales, sur les cellules sexuelles et les
malformations congénitales sont, de fait, interdites. On bloque ainsi la
création d'une médecine et d'une recherche sur l'embryon, et ce, alors
même que, du fait des progrès du diagnostic et de la crainte de
poursuites judiciaires, le nombre des IMG ne pourra aller qu'en
augmentant".
En France,
selon la loi de bioéthique de 2004, on peut obtenir des lignées de
cellules souches embryonnaires humaines à partir de la destruction
d'embryons âgés de cinq jours obtenus par fécondation in vitro
(FIV), conservés par congélation et ne faisant plus l'objet d'un projet
parental. Mais, ajoute Claude Sureau, "on peut aussi imaginer obtenir
ces mêmes lignées à partir de la technique du clonage". Pour lui, "l'objet
cellulaire résultant du transfert nucléaire n'est pas l'équivalent d'un
embryon issu de la fécondation d'un ovocyte par un spermatozoïde".
Il juge qu'accepter la destruction d'embryons "surnuméraires" pour la
recherche, tout en interdisant la constitution pour la recherche de
nouveaux embryons est hypocrite.
Se disant
catholique, Claude Sureau rejette la condamnation "ferme et
définitive" du Vatican d'utiliser l' embryon humain pour la
recherche : "Je considère qu'il existe des raisons valables de
l'instrumentaliser". Alors que le développement et les acquis de
l'embryologie humaine au cours du XXe siècle n'ont en rien entamé la
doctrine catholique, il pense que "le développement de l'échographie
obstétricale et de l'assistance médicale à la procréation (AMP),
devraient conduire à revoir les principes sur lesquels repose la
doctrine catholique".
Enfin selon
lui, "la grande question, ici, est de savoir (..) s'il
appartient aux chrétiens d'imposer ou non, par le moyen de la loi, leurs
convictions à ceux qui ne les partagent pas". |