Le
Pr Israël Nisand, professeur de gynécologie obstétrique au CHU de
Strasbourg, répond aux propos de Jacques Testart dans Le Monde du
14/10/06 sur le diagnostic préimplantatoire (DPI) (cf.
revue de presse
du 16/10/06). Jacques Testart dénonçait la dérive eugénique du DPI, ce
qu'Israël Nisand conteste. Pour lui, cette qualification "à la légère"
du DPI "ne fait qu'ajouter à la confusion". Le Pr Nisand estime
que le DPI ne peut pas être interdit par crainte du détournement de son
usage mais, que cette pratique, ainsi que celle du diagnostic prénatal,
doivent être encadrées avec rigueur et vigilance.
Le DPI "a été conçu et
développé pour éviter l'avortement chaque fois que l'anomalie génétique
est prévisible". En France, 47 centres de diagnostic prénatal
analysent les dossiers de parents demandant un DPI, une centaine de DPI
sont réalisés chaque année dans les trois centres français agréés. Le
DPI ne peut être accepté que si la maladie transmise par les parents a "une
particulière gravité" et qu'elle est "incurable". Le but est
"de ne pas faire débuter une grossesse d'un enfant qui serait plus
tard atteint de la maladie grave en question".
Pour le Pr Nisand, le DPI
relève du "choix légitime" des parents. Assimiler cette technique
à de l'eugénisme revient à "insulter les familles d'enfants malades",
"c'est en fait refuser aux parents la liberté d'un choix que la
France leur a donné il y a plus de trente ans en acceptant le
développement du diagnostic prénatal". Seuls les parents ont la
légitimité de dire "qu'une vie ne vaut pas la peine d'être vécue"
et la société n'a pas à se substituer aux parents pour des décisions "qu'ils
seront seuls à assumer ultérieurement".
Le Pr Nisand explique la double
culpabilité des parents qui attentent un enfant mal formé : celle
d'avoir conçu un tel enfant et celle de demander l'arrêt de la
grossesse. Chaque année en France, près de 6 000 couples font une
interruption médicale de grossesse (IMG). Ce choix ne relève pas de la
recherche de "l'enfant parfait". Ainsi le DPI offre aux parents
la possibilité de "ne pas imposer à leur enfant le parcours
inéluctable d'une maladie qu'ils connaissent et redoutent (...)".
Pour Israël Nisand, on ne peut
pas avoir, en France, recours à cette technique pour choisir le sexe de
son enfant ni pour sélectionner les embryons "ayant les meilleurs
promesses de QI" car c'est interdit par la loi.
Le Pr Nisand conclut : "oui
à l'encadrement rigoureux et vigilant du DPI par la loi (et par l'Agence
de la biomédecine, qui doit contrôler le respect de la loi), mais aussi
et surtout du diagnostic prénatal où se pressent les vrais problèmes
éthiques, car les décisions portent sur la mort prénatale d'un être
vivant et aimé".
NDLR : La technique du DPI sélectionne
les embryons sains pour les réimplanter dans l'utérus maternel. Ceux qui
sont malades sont détruits ou utilisés pour la recherche. Que ce soit
par le DPI ou par le DPN il y a interruption de la vie d'un être humain
vivant qui attendait d'être aimé. |