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Le
Monde consacre un supplément aux premières applications concrètes de
la loi de février 2005 sur le handicap. Sur les trois "grands chantiers"
de Jacques Chirac, lancés en 2002, l'insertion des personnes handicapées
est celui qui "intéresse le moins les politiques et les médias".
Pour Sandrine Blanchard, c'est l'affaire Perruche qui a rouvert le débat
sur les lacunes de la prise en charge du handicap en France.
Le 11 février
2005, une nouvelle loi "pour l'égalité des droits et des chances, la
participation et la citoyenneté des personnes handicapées" était
promulguée. Les décrets de mise en application sont parus en janvier
2006. Pour le Président de la République, "l'enjeu est de faire du
handicap, qui est une réalité de la vie, une réalité pleinement reconnue
par la société". Mais, pour intégrer ces personnes handicapées, la
tâche est immense, parce que "le handicap expose davantage à la
précarité, au chômage, à l'exclusion. Les structures d'accueil sont
insuffisantes (...)".
C'est pour cela
que la loi de février 2005 prévoit, dans chaque département, la création
d'une Maison des personnes handicapées. Pour Pierre Raynaud, directeur
de la Maison des personnes handicapées de l'Hérault (MPHH), ces maisons
doivent être un vrai lieu d'accueil et d'information. A Montpellier, la
MPHH doit gérer 95 000 dossiers : informer les personnes handicapées,
évaluer leurs besoins, les orienter en établissement spécialisé, en
milieu protégé pour le travail...
Pour l'accès
aux droits et prestations des personnes porteuses d'un handicap, les
commissions départementales d'éducation spéciale (CDES) pour
l'orientation des enfants handicapés et les commissions techniques
d'orientation et de reclassement professionnel (Cotorep) pour les
adultes ont laissé la place à la Commission des droits et de
l'autonomie. Avant de passer en commission, les dossiers sont évalués
sur la base du "projet de vie" de la personne. Chef du service de
la gestion des droits à la MPHH, Karine Gonalens regrette la complexité
et les barèmes des nouvelles prestations : "la frustration des
personnes risque d'être énorme, car beaucoup ne rentrent pas dans le
champ". "La prestation de compensation a été un effet d'annonce.
Elle représente une goutte dans le plan de compensation, les forfaits
imposés obligent à trouver d'autres financements", ajoute Fabienne
Davancaze, assistante sociale. "Nous avons été largement lâchés dans
la nature entre l'ambition de la loi et la vitesse de mise en place",
conclut M. Raynaud.
Charles Gardou,
directeur de l'Institut des sciences et pratiques d'éducation et de
formation (Ipsef) de l'université Lumière-Lyon II, est conscient des
limites de la mise en œuvre d'une loi aussi ambitieuse, à cause, entre
autres, d'un accompagnement financier incertain. Pour lui, la loi de
février 2005 doit être une étape et non un aboutissement. "Le vrai
tournant aura lieu lorsque, comme en Suède, nous n'aurons plus recours à
des législations spécifiques et que la dimension du handicap sera prise
en compte dans le droit commun."
Face à l'oubli,
la mise à l'écart, la dépréciation, la discrimination dont sont victimes
les personnes handicapées, il est nécessaire de "changer de regard".
"On espère une existence sans manque, sans rides, sans mort, sans
handicap. On supporte mal l'imparfait, l'imprévisible. Pas surprenant
alors que les plus fragiles trouvent péniblement leur place dans un
paysage si sélectif", analyse Charles Gardou. Pour que le handicap
ne soit plus "une honte, une souillure", il y a, selon Charles
Gardou, deux priorités : amener les enfants à apprivoiser le handicap
dès leur plus jeune âge et former les professionnels de tous les
secteurs. "Informer, éduquer, former. C'est la seule voie, la seule
œuvre utile. (...) L'ignorance est le terreau des clichés."
Ainsi, Charles
Gardou souhaite-t-il créer un Institut national interprofessionnel de
formation, de recherche et d'innovation, "passerelle entre les
personnes en situation de handicap et celles qui ne le sont pas",
pour "impliquer l'ensemble de la Cité". Cet Institut "assurerait
la veille scientifique, l'impulsion en matière de recherche, de
formation et la mise en circulation de pratiques innovantes",
explique-t-il. |