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Les
journées du Centre national de ressources de lutte contre la douleur (CNRD),
qui se tiendront cette semaine, dresseront le bilan de la prise en
charge de la douleur en France. Si, depuis 10 ans, de réels progrès ont
été faits, restent de nombreuses lacunes au début et à la fin de la vie.
Pour le Dr
Daniel Hannequin (hôpital Trousseau, Paris), "c'est un comble, car
les nourrissons ou les personnes très âgées sont évidemment les êtres
les plus fragiles". Mais il reconnaît que, parce que ces personnes
ont du mal à s'exprimer, il est "facile de passer à côté de leurs
douleurs".
Une enquête a
donc été menée, entre septembre 2005 et janvier 2006, notamment dans les
13 centres de réanimation néonatale et pédiatrique d'Ile-de-France, pour
relever tous "les gestes inconfortables et douloureux". Pour le
Dr Ricardo Carbajal, coordinateur de cette étude, cela a permis "de
noter le nombre impressionnant de gestes douloureux que doit subir
chaque nouveau-né en réanimation. En moyenne il est de 70 par enfant".
"Plus d'un geste sur trois n'est accompagné d'aucune prescription
antidouleur" ajoute-t-il. D'après le Dr Carabajal, "un travail
important est nécessaire pour changer les mentalités".
Il en est de
même pour la prise en charge de la douleur chez les personnes très
âgées. "On dit que les vieux ont mal, que les vieux souffrent mais
que c'est normal... puisqu'ils sont vieux" déplore le Dr
Pierre-Henri Cornu, chef du service de gérontologie clinique de
l'hôpital René-Muret à Sevran (Seine-Saint-Denis). 50% des personnes
âgées en institution souffriraient de douleurs non soulagées. "D'un
côté, les personnes âgées ont souvent plusieurs douleurs et elles ont du
mal à en parler. Et de l'autre - chez le personnel médical ou soignant -
il y a toujours un maniement mal maîtrisé des antalgiques. Avec des
résistances, par exemple, à donner de la morphine. Ou le recours trop
systématique à des traitements standards qui ne prennent pas en compte
la singularité de la personne" analyse le Dr Véronique Dares,
présidente du comité de lutte contre la douleur à l'hôpital René-Muret.
Le Dr Cornu a
par ailleurs recensé les douleurs "non-héroïques", c'est-à-dire
celles quotidiennes et banales. Pour les pansements, 8% des personnes
âgées disent avoir eu mal. Pour les déplacements, 10% disent avoir eu
très mal et 20% disent avoir eu mal. Pour la toilette, 60% parlent de
douleurs ; sans compter l'inconfort lié au froid ou à la pudeur si bien
qu'on arrive à 75% de personnes pour qui ce moment est "désagréable".
Ces douleurs sont connues et pourraient être facilement évitées.
Le plan de
lutte contre la douleur, crédité de 14 millions d'euros, et lancé par le
ministre de la Santé il y un an est loin d'avoir comblé toutes les
lacunes dans ce domaine. "La priorité, c'est la formation des
soignants" conclue le Dr Véronique Dares. |