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Libération
consacre un dossier sur le
projet anglais Biobank qui sera lancé en 2007 et qui est "la plus
ambitieuse collecte de données biologiques jamais réalisée" : 15
millions d'échantillons de sang et d'urine prélevés sur 500 000
britanniques. Outre le soutien financier accordé par le Medical Research
Council et le Welcom Trust, le projet est doté de 61 millions de livres,
soit 90 millions d'euros.
Les stocks
ainsi réalisés permettront aux chercheurs de se pencher sur les liens
entre facteurs environnementaux (alimentation, mode de vie...), gènes et
maladies. "Notre boulot, c'est de construire une base de données,
afin que d'autres puissent faire de la recherche", explique le Pr Rory
Collins (université d'Oxford), investigateur principal du projet. "Sous
réserve de projet éthiquement et scientifiquement valide, nos données et
les sérums seront accessibles aux chercheurs de tous pays et aux firmes
pharmaceutiques", ajoute le directeur général, Tim Peakman. Les
résultats ne seraient pas attendus avant des décennies.
Mais, depuis
quelques mois, des voix s'élèvent contre ce projet qui prévoit aussi de
prélever l'ADN des sujets. Certains craignent qui cet ADN ne soit pas protégé des utilisations
abusives. Le Pr Collins précise que : "questionnaires et
échantillons biologiques sont anonymisés. Et un comité d'éthique
complètement indépendant est associé à toutes les phases". Ce comité
d'éthique, qui recevra 1,7 million de livres, devra éviter le fiasco du
projet islandais privé de collecte d'ADN, DeCode*.
Les britanniques semblent adhérer au projet, bien s'ils
soient conscients qu'ils ne connaîtront rien des études réalisées à
partir de leur prélèvement.
Interviewé,
Georges Daher, responsable des collections biologiques à l'Inserm, fait
le point sur les biobanques en France. Si les collections privées sont
peu nombreuses, depuis les 5 dernières années, la France compte entre 40
et 50 nouveaux centres de ressources biologiques. Par ailleurs, Georges
Daher souligne la tendance actuelle visant à regrouper des collections
et à développer des coopérations internationales. Mais les biobanques coûtent cher (60 millions d'euros par an au total en France)
et ne bénéficient pas de ligne budgétaire dédiée, à l'exception des
centres cancer. "Il est indispensable de financer le coût minimal de
la conservation des échantillons biologiques. Faute de quoi, la France
risque de perdre les collections de grande valeur qu'elle a mis des
années à rassembler", avertit Georges Daher.
*En
novembre 2003, la Cour suprême d'Islande déclare la loi sur la base de
données du secteur médical dite "loi HSD" (Health Sector Database) non
conforme à la Constitution. Votée en 1998, cette loi accordait à DeCode
le droit de disposer des dossiers
médicaux des islandais sur leur "consentement présumé". |