Le
quotidien La Croix consacre son dossier "Sciences et éthique" à
la recherche sur l'embryon.
Pour la journaliste Marianne
Gomez de La Croix, les cellules souches embryonnaires "pourraient
aussi déboucher plus tôt que prévu sur le traitement de maladies graves".
Elle s'appuie sur les déclarations du Pr Marc Peschanski, mis à
l'honneur dans ce dossier, qui travaille sur un projet de thérapie de la
maladie de Huntington à partir de cellules souches embryonnaires. Depuis
2003, le Pr Peschanski travaille en collaboration avec l'AFM et en 2004
s'est installé avec son équipe au Généthon d'Ivry pour encadrer
l'Institut I-Stem. Focalisés sur la recherche sur les cellules souches
embryonnaires, les chercheurs d'I-Stem ne travaillent pas sur les
cellules souches adultes. Le chercheur Anselme Perrier explique : "la
question ne se pose pas. Nous, les chercheurs, nous sommes pragmatiques.
Or autant l'on sait que la piste des cellules souches embryonnaires est
valide, car on dispose d'une pile de travaux scientifiques sur la
question, autant il n'y a presque rien sur les cellules adultes".
Pour un certain nombre
d'observateurs, le principe de la recherche sur l'embryon est
incompatible avec les principes éthiques fondateurs, notamment celui de
la dignité de la personne humaine.
Mireille Delmas-Marty,
professeur au Collège de France, explique que le principe de la dignité
repose sur "la connaissance d'une valeur (...) qui exclut toute
instrumentalisation de l'être humain", et de ce fait de l'embryon
humain.
Bertrand Mathieu, professeur de
droit à Paris I, montre que, jusqu'à maintenant, le législateur a
réaffirmé les principes éthiques tout en proposant des dérogations. Il
remarque qu'"aujourd'hui, la dérogation s'étend au point de devenir
la règle ! Cela pose la question de savoir si l'on veut rompre avec nos
principes et considérer que l'embryon est un pur matériau".
Valérie Pecresse, député UMP
des Yvelines, rapporteur de la loi de bioéthique, estime que "le
principe de dignité doit être soumis à interprétation, comme tous les
principes, et être confronté aux réalités de la société dans laquelle on
vit. Il doit se comprendre au regard d'autres impératifs, comme
l'intérêt général". Pour Valérie Pecresse, l'enjeu est : "un
agrégat de cellules" peut-il être utilisé au "bénéfice de la
santé" ?
Claude Sureau, gynécologue,
président honoraire de l'Académie de médecine, reconnaît à l'embryon un
"caractère indéniablement humain" mais considère que si "l'embryon
a un droit à l'existence", "ce droit n'est pas absolu. Il passe
après, par exemple, le bien-être de l'humanité". Claude Sureau, pour
qui le principe de dignité doit être mis en balance avec celui de la
compassion, est, de ce fait, favorable au clonage thérapeutique.
Catherine Labrusse-Riou,
professeur de droit à Paris I, sonne le signal d'alarme sur le "processus
de production de l'humain" que notre société est en train de mettre
en œuvre. Elle prévient : "il s'agit d'une rupture profonde aux
conséquences incalculables. Car si l'on est produit, on n'est plus
libre, et la vie devra alors se justifier par la qualité qu'elle
présente. C'est très grave".
Mgr Pierre d'Ornellas, évêque
coadjuteur de Rennes, rappelle que l'Eglise approuve la recherche sur
l'embryon à des fins thérapeutiques pour l'embryon lui-même et défend la
dignité des plus petits, "si impuissants devant l'apparence
toute-puissance de la science". Notre devoir d'homme est de
respecter l'embryon "comme une personne dès le premier instant de son
existence" (Donum Vitae). Mgr d'Ornellas rappelle que ce
devoir s'impose en particulier aux scientifiques : "Tous ont été des
embryons. Ils reconnaissent qu'il eut été criminel de faire des
recherches sur eux en menaçant leur intégrité ou leur vie, et remercient
ceux qui ont agi avec humanité à leur égard quand ils étaient ces plus
fragiles". Mgr d'Ornellas poursuit : "que chacun se souvenant de
ce qu'il a été, soit frère en humanité des plus fragiles, les embryons"
quelque soit leur mode de conception. Il considère que c'est notre part
d'inhumain qui nous conduit à détruire l'embryon, "le plus fragile
des humains". Enfin, il conclut : "notre extraordinaire
connaissance de l'embryon est un appel : apprenons à vivre avec pleine
humanité ! L'embryon, présent au milieu de nous, est un cri lancé à nos
sociétés pour qu'elles soient plus humaines".
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