Le
Pr Pfitzenmeyer, gériatre au CHU de Dijon, dénonce dans les hôpitaux une
"maltraitance institutionnelle" des personnes très âgées. Son
rapport, co-dirigé avec le Pr Claude Jeandel (CHU Montpellier) et
Philippe Vigouroux (directeur général du CHU de Limoges), remis en mai
dernier au gouvernement a permis à celui-ci d'établir un "plan
solidarité grand âge".
Dans un entretien au quotidien
La Croix, le Pr Pfitzenmeyer estime que le plan gouvernemental
n'a pas mesuré "la gravité de la situation", et si "ses
orientations sont intéressantes", "les moyens sont largement
insuffisants". Il explique que se développe une "ségrégation
médicale et sociale" des personnes les plus âgées, les plus malades
et handicapées. Pour lui, le problème "n'est pas lié à un manque de
dévouement ou d'humanité des équipes médicales et soignantes" mais
repose "sur des questions d'organisations et de moyens". En
effet, notre médecine a évolué autour de services spécialisés
(cardiologie, pneumologie, néphrologie,...) or les patients très âgés
souffrent de plusieurs pathologies et ont besoin d'être soignés dans
leur globalité. Or, "on ne s'est pas donné les moyens de développer
des services de gériatrie, de médecine, de soins de suite, de
réhabilitation,...". Ainsi ce manque de services adaptés et la
pénurie de personnel conduisent "à une prise en charge indigne",
à "une maltraitance institutionnelle" de la personne très âgée. "Quand
on pose un plateau-repas près d'un malade et qu'on le reprend une heure
plus tard, intact, sans que personne ait eu le temps de faire manger le
malade, oui, c'est de la maltraitance".
Le Pr Pfitzenmeyer constate un
refus collectif du vieillissement associé à la maladie, au handicap.
Nous valorisons toujours l'image du "beau vieillissement", celle du beau
vieillard qui conserve les facultés du jeune adulte. Ainsi, de manière
insidieuse, notre société éveille un sentiment de culpabilité chez les
personnes très âgées et malades du fait qu'elles coûteraient trop cher. |