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Le
Père Alain Mattheeuws, jésuite, docteur en théologie morale et
sacramentaire, professeur dans différentes facultés et spécialiste de la
recherche bioéthique en théologie morale, répond dans une interview à
Zenit* aux délicates questions qui entourent la congélation,
l'implantation et l'adoption d'embryons créés par fécondation in
vitro. Il lance "un appel éthique" pour que soit respecté
l'embryon congelé, qu'il nomme "enfant embryonnaire congelé".
La congélation d'embryons humains, pour ceux
créés en excédant lors d'une fécondation in vitro, ne posent que
des problèmes techniques et juridiques si l'on considère l'embryon comme
un matériau biologique. En revanche, si l'on considère qu'il faut
protéger l'être humain dès sa conception, la congélation d'embryon est
inacceptable comme l'explique l'Instruction Donum vitae : "La
congélation des embryons, même si elle est réalisée pour garantir une
conservation de l’embryon en vie (« cryoconservation ») constitue une
offense au respect dû aux êtres humains, car elle les expose à de graves
risques de mort ou d’atteinte à leur intégrité ; elle les prive au moins
temporairement de l’accueil et de la gestation maternelle, et les place
dans une situation susceptible d’offenses et de manipulations
ultérieures." (Intro n°6)
Le Père A. Mattheeuws rappelle "le caractère
illicite (immoral) des procréations médicalement assistées (PMA)". "Si
les parents posent la question de la valeur de leur acte, gardons-nous
de les juger. Mais par contre, il convient d’être vrai et ne pas cacher
le caractère illicite de ce qu’ils ont fait, parfois de bonne foi.
Éclairer la conscience avec délicatesse et amour, c’est toujours
respecter la dignité d’autrui".
Les parents n'ont pas un droit absolu sur leurs
"enfants embryonnaires", en revanche ils en sont responsables. Même si
certains Etats proposent de défaire juridiquement cette responsabilité
parentale, les couples ne peuvent pas "moralement signer "une
décharge totale" des embryons issus de leur corps et de leurs personnes"
et s'en décharger comme des "objets". Les parents ont des décisions à
prendre quant à l'avenir de leur "enfant embryonnaire", "ils ne
peuvent pas se débarrasser de la responsabilité qu'ils ont prise en
concevant ces embryons, même avec l'aide d'un médecin".
Les couples qui recourent à la PMA doivent
prendre conscience du statut et de la dignité de ces "enfants
embryonnaires congelés". Ils doivent tout faire pour les respecter et
leur donner la possibilité de continuer à vivre en leur rendant la
dimension du temps, en les sortant de leur état congelé et en n'en
faisant pas des matériaux de recherche.
Le Père Mattheeuws ne pense pas qu'il y ait "une obligation morale"
pour les couples à implanter dans l'utérus maternel tous les embryons
créés en vue de les mettre au monde mais il les appelle à accomplir "au
mieux" leur responsabilité d’engendrement en les délivrant de leur "prison
de froid".
Aux Etats-Unis, on dénombre 400 000 embryons
congelés dont 11 000 surnuméraires ne feraient plus l’objet d’un projet
parental. En France, ils seraient 80 000. En Belgique, 24 000.
Peut-on alors envisager "l'adoption" des embryon
congelés ?
Pour certains, adopter des enfants embryonnaires ajouterait "une
pièce au puzzle complexe et aberrant d’un système qui ne respecte pas
l’origine de la vie humaine". D’autres pensent "qu’une adoption
massive et visible de ces enfants embryonnaires témoignerait du respect
qu’on leur doit et favoriserait à long terme une prise de conscience du
mal qui leur a été fait, et donc du caractère mortifère de ces diverses
techniques". D’autres arguments sont à considérer : l’accord commun
des époux, le statut du corps de la femme, le droit de l’embryon à être
conçu, porté et mis au monde par sa mère et l’amour de ses parents…
L'adoption d'embryons congelés peut prendre deux formes : le "sauvetage
d'embryon", s'il s'agit, pour une femme, de mettre simplement
l'embryon au monde, ou "l'adoption d'embryon" s'il s'agit, pour
un couple, d'accueillir l'embryon, une fois né, au sein de sa famille.
Pour le Père Mattheeuws : "l’adoption-gestation ne [me] semble
pas un moyen respectueux. Elle ne rejoint pas la perfection d’un acte
moralement bon. L’intention est généreuse, mais l’objet de l’acte
contredit le respect qui est du à tout être humain, particulièrement à
la femme" car il y a une "unité insécable" entre la
conception et la gestation.
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à suivre
* Zenit a fait le choix de diffuser cet interview en
quatre volets qui feront l'objet de deux articles dans la revue de
presse de Genethique. |