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Le
biologiste Henri Atlan professeur émérite de biophysique à l'université
Paris-VI et au Hadassah Medical Center de Jérusalem a récemment publié
"L'utérus artificiel", ouvrage dans lequel il pose l'hypothèse
futuriste d'une "gestation extracorporelle". Il vient aussi de
publier "Athéisme de l'écriture" le deuxième tome des "Etincelles
du hasard".
Dans
le Figaro, il analyse la révolution anthropologique entraînée par la
biologie contemporaine.
Dans
un premier temps, il rappelle que le concept de l'utérus artificiel
n'est pas "pour demain". Par cet ouvrage, il souhaite mettre
l'accent sur le fait, que depuis 50 ans, nous sommes rentrés dans un
processus de dissociation entre procréation et sexualité, dont l'utérus
artificiel pourrait être le point d'orgue. Il explique que ce livre
n'est "qu' une façon d'éclairer d'une lumière plus crue un ensemble
de problèmes de société actuels posés par les bouleversements bien réels
des structures familiales et des modes de procréation, avec relations
nouvelles entre hommes et femmes et entre adultes et enfants".
Pour
lui, nous sommes engagés dans un ensemble d'expérimentations, à la fois
biologiques et sociales. Il explique que l'évolution de la condition
féminine a bouleversé aussi la masculinité. C'est la première fois dans
l'humanité qu'un "enfant peut naître de l'ovule d'une femme et être
porté dans l'utérus d'une autre". Ainsi, dans un avenir lointain, la
technique permettra à la grossesse de se dérouler totalement en dehors
du corps de la femme, recouvrant ainsi les 24 semaines qui suivent une
fécondation in vitro et le stade à partir duquel des bébés grands
prématurés peuvent se développer en couveuse.
Il
pense que l'utérus artificiel se réalisera car la technique le permettra
et qu'il satisfera une demande sociale. Comme pour toutes les techniques
de procréation médicalement assistée, cette évolution s'appliquera au
départ en raison de contraintes médicales puis, par la suite, certaines
femmes voudront l'utiliser en l'absence de toute pathologie.Il se
demande comment la société pourra arrêter un tel processus, car le
prohiber reviendrait à interdire aux femmes la libre disposition de leur
corps.
Pour
Henri Atlan, il s'agit d'analyser les conditions dans lesquelles ce
processus aboutira soit à des conséquences catastrophiques, soit au
contraire à "une libération des souffrances et aliénations naturelles
et sociales permettant un épanouissement des enfants et des adultes dans
[ce qu'il appelle] une utopie fraternelle". Il pense que le
progrès moral accompagnant le progrès scientifique et technique n'est
pas inéluctable mais il pense aussi qu'il n'est pas impossible.
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