Le
quotidien La Croix publie aujourd'hui un dossier sur le dépistage
prénatal intitulé "Dépistage prénatal, alerte aux dérives".
Dominique Quinio
dans son éditorial relève "les excès du dépistage et le renversement
de son sens - il ne s'agit plus de déceler une anomalie pour soigner
mais pour éliminer - (qui) aboutissent à une véritable sélection
des enfants". Elle déplore la tendance de notre société à
revendiquer un "droit à l'enfant normal".
Danielle Moyse et
Nicole Diederich, philosophe et sociologue, publient aujourd'hui un
livre "Vers un droit à l'enfant normal ?"* qui est une enquête
effectuée entre octobre 2002 et août 2004 auprès d'une soixantaine de
professionnels de la naissance.
Apparaît un
profond malaise chez les professionnels de la médecine foetale face à
l'aspiration croissante des parents à un enfant parfait et à une forte
demande d'interruption médicale de grossesse en cas d'anomalie.
Plusieurs des praticiens interrogés constatent de plus en plus de
difficultés chez les parents à accepter une malformation, même curable.
Entre 1996 et 1999, sur 103 foetus atteints d'une anomalie des membres,
52% ont été avortés dans le cadre d'une interruption médicale de
grossesse (IMG). Il n'existe pas de recensement national des IMG mais
les données du registre des malformations congénitales (1990-99)
indiquent que le nombre d'IMG augmente en même temps que les capacités
diagnostiques. Les professionnels de la naissance s'interroge : "Que
doit-on rechercher dans une échographie ? Doit-on par exemple compter
les doigts ? Nous sommes totalement lâchés par la collectivité sur ces
questions", déplore le Dr Roger Bessis,
président du Collège
français d'Échographie Fœtale (CFEF). Comment appliquer au mieux le
devoir d'information imposé par la loi du 4 mars 2002 ? Géraldine Viot,
généticienne à l'hôpital Cochin (Paris), explique : "nous avons de
plus en plus de moyens à notre disposition. Du coup, nous découvrons des
choses que l'on ne sait pas forcément interpréter et cela engendre des
angoisses terribles (...). Personnellement, je pense qu'il y a des
choses que nous ferions mieux de taire, car nous sommes parfois
malfaisants".
D. Moyse et N.
Diederich montrent que la médecine foetale avance à deux vitesses : d'un
côté des femmes qui arrivent à l'accouchement avec quasiment aucun suivi
médical, de l'autre des femmes, bien suivies, qui réclament un enfant
sans défaut. S'y ajoute un fort décalage géographique entre les villes,
les banlieues, les zones rurales où l'accès aux échographies et aux
soins est très inégale. Le Dr Roger Bessis entrevoit déjà une "fracture
génétique" : "nous ne le constatons pas encore mais c'est
mathématique : les enfants nés avec une malformation seront plus
nombreux dans les milieux défavorisés". Une chef de service dans un
grand hôpital parisien constatait que "les naissances d'enfants
trisomiques se produisent, de façon très dominante, dans les familles
très défavorisées". D. Moyse et N. Diederich soulèvent le risque
d'un eugénisme "différentiel", provoqué par des médecins
attentifs à se protéger d'éventuelles poursuites et des parents qui font
valoir leur "droit à un enfant normal".
L'Eglise
catholique reconnaît dans Donum Vitae (1987) le diagnostic
prénatal "licite", "si les méthodes utilisées, avec le
consentement des parents convenablement informés, sauvegardent la vie et
l'intégrité de l'embryon et de la mère, sans leur faire encourir des
risques disproportionnés". A contrario cet examen "est gravement
en opposition avec la loi morale quand il prévoit, en fonction des
résultats, l'éventualité de provoquer un avortement". Un diagnostic
attestant l'existence d'une anomalie ou d'une maladie héréditaire "ne
doit pas être l'équivalent d'une sentence de mort".
*Vers un droit à
l'enfant normal ?, D. Moyse et N. Diederich, Ed. Erès. |