Chaque
année, naissent plus de 55 000 enfants prématurés (nés avant 37 semaines
de grossesse) dont 10 000 sont des grands prématurés (nés avant 33
semaines). Ces derniers, s'ils survivent, sont souvent atteints de
lourds handicaps. Dans de nombreux cas, le corps médical s'interroge sur
les limites de la réanimation en néonatalogie.
Selon l'étude
Epipage, "le taux de survie à l'issue de l'hospitalisation néonatale
des enfants nés avant trente-trois semaines de grossesse est de 85% des
naissances vivantes". "Tous les enfants nés à vingt-deux et
vingt-trois semaines sont décédés. La moitié des enfants nés vivants à
vingt-cinq semaines à survécu, 78 % à vingt-huit semaines et 97% à
trente-deux semaines". L'enquête a également relevé l'importance des
séquelles et handicaps lourds chez les survivants.
Pour le Pr Michel
Dehan de l'hôpital Antoine Béclère, il est "arbitraire et contraire
au développement du progrès médical" de poser des limites à la
réanimation des enfants grands prématurés.
Pour le Pr Guy
Moriette, chef de réanimation néonatale à l'hôpital Cochin, "c'est
d'une effroyable complexité. Chaque solution a un ennui, comporte une
conséquence. Il n'y a pas de bon système. Mais il y a une nécessité :
dire les choses, informer les parents". Le professeur décrit "des
bébés à la peau quasi translucide, d'une extrême fragilité, les
paupières soudées. Enfants que manifestement on faisait souffrir avec
des soins très longs. On les sauvait, ils restaient des mois en réa,
mais avec quel espoir ?". Dans la décision de réanimation et de
suivi des soins, la place des parents est primordiale ainsi que
l'accompagnement de l'équipe médicale.
Le Pr Guy Moriette
est partisan d'une limite à la réanimation néonatale. L'Organisation
mondiale de la Santé (OMS) a défini comme barrière 22 semaines et 500
gr. Pour autant, des cas de survies d'enfants nés plus tôt et encore
moins lourds ont été rapportés. Le Pr Moriette et d'autres spécialistes
ont tranché pour le réseau qu'ils animent et recommandent une
réanimation à partir de 25 semaines. Mais ce qui inquiète le Pr Moriette
c'est que ces limites "sont imposées et non pas discutées".
Ainsi, dans une maternité un enfant né à 24 semaines sera réanimé, dans
une autre on le laissera mourir. Que ce soit la réanimation à tout prix
ou l'accompagnement en douceur vers la mort, la pratique de
l'établissement doit être rendue publique et le point de vue des parents
doit être pris en compte.
L'accroissement
des naissances en France - 775 000 naissances en 2000, 807 000 en 2005 -
et l'augmentation du nombre de grossesses multiples (NDLR : conséquence
de l'assistance médicale à la procréation) entraînent une augmentation
relative de plus de 20 % du nombre de naissances d'enfants
prématurés entre 1995 et 2005. |