Dans
son ouvrage*, la sociologue Evelyne Sullerot, co-fondatrice du planning
familial, retrace les trois révolutions qui ont bouleversé la famille :
la pilule, la libéralisation sexuelle et la découverte de l'ADN.
Elle montre comment, après le
guerre, le couple est devenu une entité à part entière, détaché de la
famille. On croyait au sentiment amoureux, à la complémentarité de
l'homme et de la femme, le "vrai couple" incarnait le bonheur.
Avec la pilule, la procréation s'est dissociée de la sexualité. La
révolution sexuelle au lieu de renforcer le couple, l'a fragilisé : "le
culte du plaisir immédiat l'a emporté sur le désir d'avenir et
d'accomplissement par les enfants".
Evelyne Sullerot explique que
la réflexion sur les conséquences du divorce des parents sur les enfants
est en France un sujet tabou. Les résultats des enquêtes, nombreuses en
Suède et dans les pays anglo-saxons, ont été minimisés par les "ex-soixante-huitards".
Elle rappelle qu'aux séances du Haut Conseil de la population et de la
famille, lorsqu'elle parlait des "familles éclatées" on la
reprenait : "on dit : familles libérées".
Pour elle, la révolution
génétique va redonner un sens à la filiation mettant ainsi un frein à la
revendication du "droit à l'enfant" des femmes célibataires ou des
couples homosexuelles. La révolution génétique va satisfaire le droit
des enfants à "connaître leurs origines", et va réintroduire la
fonction paternelle dans la famille.
Evelyne Sullerot revient sur
les débuts du planning familial : "nous voulions libérer et
responsabiliser les femmes, et favoriser l'harmonie dans les couples et
la famille" et elle observe le dérapage du mouvement féministe vers
"la guerre des sexes entraînant la négation du couple et
l'élimination des pères". Le mouvement nous "a échappé",
déplore la co-fondatrice du planning familial, "les féministes sont
allées trop loin, elles se sont construites dans la haine et la
victimologie" ne parlant que de leur volonté d'avorter. Pour
Evelyne Sullerot, la contraception était "le
«
remède
»
contre le
«
mal
» qui
était l'avortement. J'étais contre le fait d'en faire un droit".
Elle regrette que l'avortement soit devenu une "contraception-bis",
"un droit à détruire".
* Pilule, sexe et ADN, trois
révolutions qui ont bouleversé la famille, Evelyne Sullerot, Fayard. |