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Grégory
Katz-Bénichou, professeur et titulaire de la chaire de bioéthique et
innovation thérapeutique à l'Essec, présente les cellules souches du
sang de cordon comme l'alternative aux cellules souches d'embryons
humains dont l'utilisation pose de graves problèmes éthiques.
La première greffe
mondiale de sang de cordon a été réalisée en 1987 par le Pr Eliane
Gluckman (hôpital Saint Louis, Paris). Depuis, plus de 6000 patients ont
bénéficié à travers le monde d'un traitement contre des cancers ou des
hémopathies.
Les cellules souches de sang de cordon permettent de réaliser
avec succès des greffes même en cas d'incompatibilité tissulaire. Ces
propriétés tissulaires permettent de trouver des donneurs compatibles
dans presque 100% des cas. En 2004, le Japon a été le premier pays du
monde à réaliser plus de greffes de sang de cordon que de greffes de
moelle adulte. La plasticité des cellules souches ombilicales se
rapproche de celle des cellules souches embryonnaires. L'avantage des
cellules souches ombilicales c'est qu'elles n'induisent pas d'effets
tumorigènes après transplantation. In vitro et in vivo,
ces cellules sont parvenues à régénérer de l'os, du cartilage, des
vaisseaux, du muscle, des cellules de foie, du coeur et des neurones.
Peter Wermet et son équipe de Düsseldorf estime que le sang de cordon "pourrait
servir de source universelle pour la médecine régénérative".
Les cellules
souches du sang de cordon sont stockées dans des banques, publiques ou
privées. La première, à but non lucratif, fait des stocks à partir de
dons gratuits et est financée par la santé publique. La seconde est à
but lucratif et réserve des stocks à des fins dirigées. Stocker du sang
de cordon dans une banque privée revient en moyenne à 1 500 euros à la
naissance puis à 100 euros par an pour frais de stockage.
En avril 2006, on dénombre 134 banques privées dans le monde,
pour un total d'environ 740 000 unités et 54 banques publiques pour 230
000 unités. Les banques privées sont interdites dans de nombreux pays
(France, Espagne, Italie, ...), elles se développent "rapidement"
en Grande-Bretagne, en Allemagne et "leur essor est fulgurant" en
Asie, Australie et aux Etats-Unis. Pour multiplier la capacité de ces
banques publiques, le Congrès américain a voté en décembre 2005 le Stem
Cell Therapeutic and Research Act. 79 millions de dollars ont été
investis pour qu'en 2010 le ratio de 250 000 unités pour 300 millions
d'habitants soit atteint. Le Japon et la Corée du sud se sont également
fixés cet objectif. La banque centrale de Singapour vise un ratio de
12,5 greffons pour 10 000 habitants d'ici 2010. En janvier 2006, la
France possède 5 150 unités stockées ce qui la place au 16ème rang
mondial en nombre d'unités par habitant. Ce retard est tempéré par la
qualité des greffons français pour lequel la France s'affiche dans le "peloton
de tête". Ainsi, l'enjeu de la France pour rester dans la
compétitivité internationale est d'augmenter la taille de sa banque tout
en conservant l'excellente qualité de ces greffons. Ces défis sont
relevés par la Fondation Eurocord qui anime un réseau européen de banque
de sang de cordon, une plateforme de recherche clinique, un laboratoire
de recherche et un pôle de formation.
L'ensemble du
marché des cellules souches est estimé à 15 milliards de dollars. Il
stimule donc l'intérêt des plus grandes firmes pharmaceutiques, malgré
les controverses éthiques qu'il suscite. Les grands laboratoires
collaborent avec des entreprises de biotechnologie dans lesquels ils
investissent selon la maturité des portefeuilles de brevets ou de
développements cliniques des sociétés biotech. Ainsi, les sociétes
Geron, Stemride, ESI, BresaGen se sont spécialisées dans la vente de
lignées embryonnaires, Aastrom Biotechnologies, Osiris Therapeutics dans
les cellules souches issues de la moelle osseuse, et Viacell, BioE et
Pluristem dans le sang de cordon ombilical.
La vente de lignées embryonnaires est devenu un vrai commerce très
lucratif. Alan Colman, un des biologistes à l'origine de la brebis
clonée Dolly, a développé à Singapour la société Embryonic Stem Cell
International (ESI), entreprise de commerce de lignées embryonnaires. Il
regrette de ne pouvoir proposer à ses clients des "embryons humains
de première classe" ce qui permettrait d'obtenir des lignées
cellulaires de meilleure qualité. Pour le moment, il reçoit du
gouvernement de Singapour des financements pour mener des recherches sur
le clonage humain.
Pour encourager la
recherche sur les cellules souches non-embryonnaires, le Congrès
américain a alloué, dans le cadre du Stem Cell Therapeutic and Research
Act, 265 millions de dollars aux recherches sur les cellules
progénitrices de la moelle osseuse et aux cellules souches de sang de
cordon.
De nombreuses
sociétés usent de ruses pour contourner les obstacles éthiques inhérents
à l'utilisation de cellules souches embryonnaires (destruction de
l'embryon, ...) et essaient de créer des embryons humains qui ne
puissent pas être considérés comme tels. Ainsi, certains chercheurs
tentent de fabriquer des clones humains sans cerveau, ou des embryons
clonés à partir d'ovules de vaches ou de lapines. D'autres travaillent
sur la parthénogenèse afin de fabriquer des embryons sans fécondation...
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