Libération
revient sur l'annonce de deux
universités américaines - Harvard et l'Université de Californie à San
Francisco (UCSF) - de relancer la recherche sur le clonage thérapeutique
et soulève la question du don d'ovocytes.
Le Pr Hwang avait
recueilli 2061 ovocytes auprès de 129 femmes pour tenter, en vain,
d'obtenir un embryon de clone humain. "Combien faudra-t-il d'ovocytes
pour faire des batteries de clones d'embryons humains suffisamment bien
développés pour qu'on puisse en tirer des cellules souches et mener des
recherches sur leur potentiel usage médical ?" s'interroge le
quotidien. Les ovocytes sont des cellules rares qui ne survivent pas à
la congélation et ne peuvent donc être stockées. Seul recours :
l'hyperstimulation ovarienne. Proposé habituellement aux couple
infertiles, ce traitement hormonal lourd présente de nombreux
désagréments et des risques non négligeables. Commentant les travaux du
Pr Hwang, David Magnus et Mildred K. Cho, chercheurs à l'université de
Stanford, indiquent, dans un article publié en juin 2005 dans la revue
Science, que "entre 0.3% et 5% ou jusqu'à 10% des femmes ont
un syndrome d'hyperstimulation ovarienne qui peut causer des douleurs et
occasionnellement conduire à une hospitalisation, des problèmes rénaux,
une infertilité et même la mort". Les deux auteurs soulignaient que
ces recherches soulevaient des questions éthiques. Considérées ni comme
des volontaires sains inclus dans un essai thérapeutique, ni comme des
donneuses d'organes, quel est le statut des femmes qui donnent des
ovocytes pour la recherche sur le clonage ? David Magnus et Mildred K.
Cho concluaient à l'apparition d'une "nouvelle catégorie de patients"
qu'il reste à définir plus précisément pour éviter les dérives
contraires à l'éthique de la recherche biomédicale.
Mais cette
question n'a trouvé que peu d'écho, alors que la communauté de
biologistes travaillant sur les cellules souches embryonnaires a "applaudi
sans sourciller", note Libération, aux pseudo exploits du
Sud-Coréen. Libération estime qu'en France il n'y a eu aucun
questionnement public alors qu'en octobre 2005, le député radical
Robert-Gérard Schwartzenberg déposait une proposition de loi visant à
autoriser les recherches sur le clonage thérapeutique ; et qu'en
novembre Marc Peschanski, spécialiste de la thérapie cellulaire à
l'Inserm, devait remettre au Pr Hwang le Prix des victoires de la
médecine.
Pourtant, peu
après, la vérité a éclaté sur la manière dont Hwang a obtenu les
ovocytes nécessaires à ses travaux : intimidation et utilisation de
quelques millions de dollars issus de subventions privées ou publiques.
"Dès le 4 janvier 2006, trente associations féministes sud-coréennes
demandaient une enquête sur la façon dont le médecin s'était procuré des
ovocytes et accusaient le gouvernement d'avoir fermé les yeux sur la
souffrance des femmes tant il était hypnotisé par les profits potentiels
du clonage thérapeutique" rappelle Libération. Deux donneuses
ont ensuite porté plainte contre l'État pour n'avoir pas été informées
des risques qu'elles prenaient.
"La commission
des droits des femmes ne s'est pas intéressée à la question, les
féministes étant a priori en bloc pour le clonage thérapeutique, vu que
ceux qui s'y opposent militent pour l'embryon, contre l'avortement"
note Geneviève Fraisse, philosophe, directrice de recherche au CNRS.
Judy Norsigian, directrice générale du mouvement féministe américain Our
Body Ourselves, estime pourtant que "le mérite des recherches sur le
clonage n'est pas si grand que des femmes doivent prendre de tels
risques".
Pour éviter
l'hostilité à la fois des antiavortements et des féministes, la
communauté scientifique tente de répondre à la question suivante : "comment
obtenir des ovocytes en respectant l'éthique de la recherche médicale
qui, depuis la déclaration d'Helsinki adoptée en 1964 dans la foulée du
procès de Nuremberg, interdit de mettre en péril la santé d'une personne
au prétexte que l'expérience servira la santé du plus grand nombre ?".
Première réponse :
la gratuité, conformément au code de santé publique français. Seuls les
frais directs sont remboursés et une assurance médicale est prise en
charge pour couvrir les risques santé liés au traitement. C'est l'option
choisie par Harvard et l'UCSF, qui se réservent aussi le droit
d'utiliser des ovocytes recueillis par des cliniques de fertilité et
jugés "inaptes" pour la fécondation in vitro.
Deuxième réponse :
"la compensation". En Espagne, les donneuses perçoivent une rétribution
en reconnaissance du risque pris et de la douleur. En résulte un
véritable gisement, issu de toute l'Europe, dont les laboratoires de
recherche pourraient être tentés de profiter. "Si le clonage tient
ses promesses et que les recherches se multiplient, il y aura alors des
risques très importants de commercialisation des dons et d'exploitation
des femmes" prévient Jaqueline Mandelbaum, biologiste spécialiste de
la fécondation in vitro à l'hôpital Tenon.
Troisième réponse
: acheter les ovocytes, en vente libre aux Etats-Unis, dans la plupart
des pays du monde et sur Internet. |