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Le
député (UMP) Pierre-Louis Fagniez vient de remettre au
premier ministre son rapport intitulé "Cellules souches et choix
éthique", en perspective de la prochaine révision de la loi
bioéthique, en 2009. Ce rapport énonce 10 propositions dont les 2
principales sont : autoriser, par principe et non plus par dérogation, la recherche sur les cellules souches
embryonnaires et permettre le clonage thérapeutique. Une autre des 10
propositions est à remarquer : le rapporteur suggère de modifier la
terminologie. Il propose notamment d'utiliser le terme de "transfert
nucléaire" plutôt que celui de "clonage".
Pierre-Louis
Fagniez reconnaît que : "le
développement de traitements à court terme n'est pas sérieusement
envisageable dans l'état actuel des connaissances". "Plus
question donc de justifier le recours aux cellules souches embryonnaires
par des promesses de guérison lointaines et non avérées" note La
Croix dans le dossier qu'il a consacré à ce sujet. Mais, pour le député, la recherche sur les cellules souches
embryonnaires est indispensable pour la recherche fondamentale et parce
qu'elle constitue
"un enjeu industriel important". Il précise que les cellules
souches embryonnaires sont plus facilement disponibles que les
cellules adultes, en raison "des milliers
d'embryons surnuméraires disponibles".
Favorable au
clonage thérapeutique, le rapport indique que cette technique
permettrait d'obtenir des cellules souches en quantité, de contourner la
barrière immunologique et d'accéder à des cellules souches
pathologiques. Le rapporteur définit l'embryon comme "le potentiel
réel de donner naissance à un individu". Par conséquent, à partir de
maintenant, il considère qu'on ne devrait parler d'embryon que lorsque
l'embryon est implanté dans l'utérus d'une femme. Interrogé en tant que
catholique sur l'enseignement de l'Église selon lequel l'embryon ne doit
pas être considéré comme un matériau, mais respecté dès sa conception,
il répond : "Certes le "produit" du clonage possède une humanité. Mais
on peut garantir qu'il n'aboutira jamais à un petit d'homme. Dès lors,
il ne me fait pas obligation de le respecter comme un embryon qui a
vocation à venir au monde et, dans cette perspective, le clonage dit
"thérapeutique" n'est pas une atteinte à l'humanité". Il ajoute que si c'est une transgression à ses yeux, elle est "moindre
que l'interruption volontaire de grossesse, qui
supprime un embryon dont la vie est déjà initiée". Pour lui, l'embryon
in vitro n'est qu'un "assemblage de 125 à 250
cellules".
Mais à Londres,
où le clonage d'embryons humains est autorisé depuis 2001, la recherche
sur le clonage thérapeutique semble "au point mort" et
"les résultats de la recherche sur les embryons se font attendre" note La
Croix. Trente-trois programmes portant sur la fertilité,
l'insémination artificielle, la détection de maladies génétiques sur des
embryons et l'étude du développement des embryons, ont obtenu leur
licence, délivrée par l'agence Human Fertilisation and Embryology
Authority (HFEA). Joséphine Quintavalle, directrice de l'association
Core (Comments on Reproductive Ethics) s'interroge : "la HFEA n'a pas
publié de bilan. Est-ce que l'argent injecté dans ce secteur est
vraiment utile ?".
Jacques Testart,
directeur de recherche à l'Inserm, président de la Fondation science
citoyenne, regrette que certains chercheurs ne soient plus des "scientifiques".
En tant que "défenseur de l'espèce humaine", il prend la parole :
"Si aujourd'hui, on fait n'importe quoi avec l'embryon, c'est qu'on
fait n'importe quoi avec l'humanité". "Je ne vois pas en quoi une
recherche fondamentale sur l'embryon humain permettrait d'apprendre
davantage que la même recherche menée sur la souris. D'un point de vue
scientifique, il est scandaleux de vouloir mener une recherche sur
l'homme avant de passer par le modèle animal. Les chercheur espèrent
peut-être avoir davantage de moyens en faisant cela. Mais ce n'est pas
une attitude scientifique".
Le Père Michel
Aupetit, médecin et prêtre, considère ce rapport comme "idéologique".
Relevant la proposition du rapport de substituer au terme "clonage
thérapeutique" l'expression "transfert nucléaire", il note
qu'il s'agit toujours bien de clonage et donc que ce rapport "joue
sur les mots". Enfin, il regrette que le rapport parle peu de
recherche sur les cellules souches adultes ou les cellules du cordon
ombilical qui, elles, ne posent pas de problème éthique. Il craint que
les intérêts financiers ne priment sur la personne humaine.
Auditionné le
27 avril, Mgr André Vingt-Trois qualifie le clonage thérapeutique de "voie
périlleuse pour l'humanité". Au cours de son audition, il a répété
que l'Église considère tout manquement à la dignité d'un être humain
comme un manquement à la dignité de tous. Il a rappelé que : "définir
un seuil d'entrée dans l'humanité est illusoire. Parler de "pré-embryon"
n'est pas ajouter une précision scientifique mais créer des mots pour se
dédouaner d'utiliser un futur homme pour des fins qui ne lui seront pas
bénéfiques". Évoquant les recherches sur les cellules souches
adultes qui ne soulèvent pas de questions éthiques et donnent des
résultats encourageants, il s'interroge : "la France n'aurait-elle
pas tout intérêt à promouvoir des programmes de recherche de haut
niveau, visant à l'excellence, dans ce domaine ?". Il clôt son
intervention en soulignant que : "c'est la fonction du politique que
d'indiquer aux scientifiques le cadre humain dans lequel leurs
recherches peuvent se développer".
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