En
dépit des pressions médiatiques et scientifiques, le président américain
George W. Bush, fidèle à ses opinions, a posé son veto pour bloquer le
vote du Sénat prévoyant d'étendre le
financement public de la recherche sur les cellules souches
embryonnaires.
Le Sénat américain a adopté
mardi 18 juillet cette loi à 63 voix contre 37 (cf.
revue de presse du 19/07/06)
suite à de longs débats où les clivages politiques traditionnels furent
dépassés. 19 républicains se sont joints pour ce vote à la minorité
démocrate. Seule une majorité des deux tiers n'aurait pas permis au
président de poser son veto. George W. Bush a donc légalement posé son
veto, pour la première fois de sa présidence. Des 1 116 lois signées
depuis son entrée en fonction, il a menacé d'un veto 141 fois, sans y
avoir recours.
Le Sénat a voté deux autres
textes auxquels ne s'opposent pas la Maison Blanche. L'un sur l'aide à
la recherche à partir de cellules souches non embryonnaires, l'autre
interdisant "l'élevage de foetus" ("foetus farming") c'est à dire la
création d'embryons pour la recherche.
Le président américain a
expliqué, devant des enfants "flocons de neige", nés de don d'embryon,
que la loi sur le financement public de la recherche sur les cellules
souches embryonnaires "franchit une frontière morale que notre
société doit respecter". Évoquant "un choix entre la science et
l'éthique", il a défendu les voies de recherche qui ne supposent pas
la destruction d'un embryon rappelant que son administration avait voté
un budget de 90 millions de dollars en faveur de la recherche sur les
cellules souches non embryonnaires. En 2001, le financement public de la
recherche sur les cellules souches embryonnaires avait été limité à la
recherche sur 64 lignées cellulaires, 21 ont été utilisées par les
scientifiques.
G. Bush a rappelé que chaque embryon, même congelé et "sans
projet parental" (tel qu'il en existe 400 000 aujourd'hui aux Etat-Unis),
est une vie humaine unique. "Nous pouvons le voir dans chacun des
enfants qui nous entourent aujourd'hui" a-t-il rajouté en désignant
les enfants "flocons de neige". Il a appelé les couples stériles à
s'engager dans l'adoption d'embryon.
G. Bush a rajouté que l'application d'une telle loi obligerait
tous les citoyens à participer à la recherche sur les cellules souches
embryonnaires et donc à la destruction d'embryons.
Tony Show, le porte parole de
la Maison Blanche, a ajouté : "le président considère qu'il est
inapproprié pour le gouvernement fédéral de financer ce que beaucoup de
personnes considèrent comme un meurtre".
Conscient que les embryons congelés "sans
projet parental" sont voués à la destruction, il explique "c'est une
tragédie", mais G. Bush ne peut pas laisser tuer un être vivant pour
l'intérêt de la recherche.
Pour la communauté
scientifique, l'argent public est indispensable car les grands
laboratoires pharmaceutiques n'investissent pas sur des recherches dont
les applications pratiques sont lointaines et la rentabilité jugée trop
aléatoire. William Haseltine, PDG de Human Genome Science, explique : "il
faudra de vingt à trente ans avant que les cellules souches puissent
être utilisées pour des application médicales de routine. La
commercialisation de ces traitements est si lointaine que j'ai
simplement décidé de ne pas investir dans ces recherches".
A moins de quatre mois des
élections parlementaires, la bioéthique devient un thème central de la
campagne.
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