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Jacques
Testart, biologiste de la procréation et directeur de recherche à
l'Inserm, décrit les limites d'une "foi aveugle dans le progrès
scientifique". Il démontre que certains aspects de la science
relèvent d’une attitude religieuse, "ce qui s’accorde mal avec la
rationalité qu’elle revendique".
Il montre d'abord comment
la science fut instrumentalisée ou niée par les religions et certains
courants de pensée. Aujourd'hui, les pouvoirs politiques européens ont
fait de la science, "la source privilégiée des vérités et des
richesses".
Jacques Testart montre que
la science ne permet pas de tout expliquer ou de tout anticiper. Souvent
les conclusions d'experts relèvent plus de la prophétie que de la
rigueur. J. Testart constate ainsi que l'Académie de Médecine, en
vantant l'innovation et en condamnant l'obscurantisme, "s'est trompée
par optimisme" sur tous les risques d'atteinte à la santé depuis 20
ans (l'amiante, la dioxine, la vache folle, les OGM...).
Jacques Testart rappelle que "le progrès
de la science n’est pas nécessairement celui de l’humain".
En clamant "qu'on ne peut pas
arrêter le progrès", on laisse supposer que l'humanité ne serait pas
libre de son destin, que la techno-science devance et domine les choix
de société.
Selon une conception magique de
l'évolution, "l'humanité ne peut perdre là où elle affirme le progrès
technique". En pariant que "ça va marcher", la conclusion précède la
démonstration. Ainsi "le Téléthon peut recueillir en un jour 100
millions d’euros (équivalant au budget annuel de fonctionnement de la
recherche médicale française) en laissant croire que la guérison des
myopathies n’est qu’une question de moyens financiers". Jacques
Testart reprend les propos du premier ministre Lionel Jospin qui, en
2000, parlait des cellules souches embryonnaires comme "des cellules
de l'espérance" et ironise sur la croyance en de tels miracles.
Jacques Testart se demande pourquoi il est
impossible d'édicter des principes en bioéthique. "Pourquoi un
interdit définitif sur l’esclavage et seulement des mesures provisoires
(ou rien du tout) contre l’artificialisation de l’humain, ou contre
l’eugénisme consensuel ?". Tant qu'une règle bioéthique peut être
révisée par le savoir-faire technique, l'éthique n'est "qu'une morale
du destin". J. Testart constate que l'éthique utilitariste, en
vantant des progrès miraculeux et illimités, finit toujours par
convaincre les réticents. Pour le scientifique, cette bioéthique
d'inspiration scientiste court-circuite l'élaboration de principe
en bioéthique. |