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Sur
l'affaire Humbert, le qualificatif qui revient le plus, et à juste titre
semble-t-il, est l'adjectif "tragique" constate Michel Collin,
professeur agrégé de philosophie.
Il explique que "face
au tragique et au dilemme qu'il engendre, la seule réponse de l'homme
serait la sagesse pratique, autre nom de l'antique vertu de prudence".
Mais attention à la "vision réductrice qui défigure la prudence ou
tout du moins nous enferme dans des situations inextricables". Car
est toujours mis en balance la loi et le cas : "la dureté de la loi
et le cas douloureux ; la généralité de la règle et la souffrance d'une
mère devant son fils". Dans ce contexte, nous cédons à "une
compassion fallacieuse et une fausse humilité" et nous percevons la
loi "au mieux, comme une entrave à la dynamique de l'action et à
l'inventivité du sujet moral, au pire comme un poids qui ralentit les
"avancées que la société réclame"."
Or pour une "authentique prudence", la
loi ne doit pas être considérée comme une entrave mais comme le socle de
l'action et de la réflexion. La loi est "le socle de la prudence car
elle libère la réflexion des faux dilemmes pour ouvrir le champ des
possibles à inventer", c'est-à-dire dans les cas de fin de vie, les
soins palliatifs, l'accompagnement spirituel, la conversion du regard
sur la personne souffrante.
Enfin, la prudence permet qu'il y ait moins de
situations tragiques et nous évite des "pseudos dilemmes" qu'on
se crée en maximisant le bien et en minimisant le mal. Michel Collin
montre aussi comment l'utilitarisme et la recherche du plus grand
bonheur se sont s'est très vite couverts d'un "vernis compassionnel".
Michel Collin montre à quel point nous sommes "mauvais
raisonneur" quand nous considérons un bien relatif comme un bien
unique et absolu et légitimons de ce fait tous les moyens pour y
parvenir. L'auteur cite en exemple la fable de l'ours, qui pour chasser
les mouches perturbant la sieste d'un ami, finit par tuer la mouche en
cassant la tête de l'ami. Ainsi dit la morale : "Rien n'est si
dangereux qu'un ignorant ami ; Mieux vaudrait un sage ennemi. "
Pour se soustraire à cette "déferlante
compassionnelle", l'auteur conseille le mot d'Aristote : “la
tempérance (sophrosuné) est la gardienne de la prudence (phronésis)."
Ainsi, la raison humaine "pour conduire l'action nécessite un juste
rapport au plaisir et à la peine. Non que la raison doive rester froide,
mais elle ne doit pas voir son jugement faussé par l'attrait du plaisir
et la fuite de la douleur". |