|
Dans
une interview consacrée au magazine La Recherche, Claude Huriet*
revient sur la "Déclaration
universelle sur la bioéthique et les droits de l'homme"
récemment adoptée par la Conférence générale de l'Unesco.
Claude Huriet explique qu'il n'y a pas de "bioéthique
universelle" mais "des valeurs universelles sur lesquelles on
peut fonder des recommandations relatives à la bioéthique" comme la
liberté de la science et de la recherche, le respect de la dignité
humaine, des libertés fondamentales et de l'autonomie de la personne.
Au départ, le Comité International de Bioéthique
de l'Unesco avait la mission d'élaborer une "Déclaration relative à des
normes universelles de bioéthique". Pour Claude Huriet, une réflexion
bioéthique ne "peut aboutir à définir des normes" car c'est à la
loi de les fixer. Les instances éthiques se doivent d'émettre des avis,
des recommandations.
La déclaration actuelle n'est pas juridiquement
contraignante mais constitue "un cadre cohérent" susceptible de
"guider les États pour la mise en place de leurs politiques et de
leur législation".
Cette Déclaration est fondamentale parce qu'elle "lie la
bioéthique et les droits de l'homme". Pour Claude Huriet, le
principe le plus important édicté par la Déclaration est celui du
consentement éclairé notamment par rapport aux essais cliniques
effectués par les pays développés dans les pays en voie de
développement.
Claude Huriet rappelle que la réflexion
bioéthique est un "questionnement nécessairement pluraliste, une
réflexion évolutive qui cherche l'équilibre entre le progrès des
biosciences et la place de l'homme dans la société. Elle ne peut être
confondue ni avec la déontologie ni avec la morale".
A propos de la loi de bioéthique de 2004 qui
interdit la recherche sur l'embryon humain mais qui l'autorise "par
dérogation", Claude Huriet rappelle que les deux principes émis, celui
du respect de la vie dès son origine - auquel il souscrit - et celui de
la personnification différée de l'embryon, ne sont pas conciliables "d'où
ce grand écart que je trouve incompréhensible d'un point de vue
législatif".
Claude Huriet suppose que lors de la prochaine
révision des lois de bioéthique, il sera difficile de revenir sur la
recherche sur les cellules souches d'embryons humains. Il persiste à
dire qu'il ne faut pas négliger le potentiel des cellules souches
adultes et de sang de cordon et regrette qu'il n'y ait pas plus de
moyens consacrés à la recherche sur les cellules souches adultes.
* médecin, ancien sénateur, actuel président de
l'Institut Curie, membre du Comité International de Bioéthique de
l'Unesco (le CIB). |