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Le
procureur de Boulogne-sur-Mer, Gérald Lesigne, a requis, dans l'affaire
de la mort de Vincent Humbert, un non-lieu général pour Marie Humbert et
le docteur Frédéric Chaussoy. La mère était poursuivie pour délit "d'administration
de substances chimiques" passible de cinq ans de prison et l'anesthésiste-réanimateur
pour crime "d'empoisonnement avec préméditation" passible de la
réclusion à perpétuité.
Le procureur fait valoir "les circonstances
particulières" de cette affaire. "Au regard de la pression
psychologique et médiatique à laquelle ont été confrontés sa mère et le
médecin, on peut considérer qu'il y a une exonération" de la
responsabilité pénale même si "les gestes qu'ils ont fait demeurent
prohibés".
Le juge d'instruction, Anne Morvant, sera libre
de suivre les réquisitions du procureur ou de renvoyer Marie Humbert en
correctionnelle et le Dr Chaussoy devant les assises.
Rappelons que Vincent Humbert était devenu
aveugle et paraplégique suite à un accident de voiture. Marie Humbert
lui avait injecté une dose de barbituriques qui l'a plongé dans le coma.
Le Dr Chaussoy avait alors décidé de débrancher le respirateur
artificiel du jeune homme puis de lui administrer un produit létal, du
chlorure de potassium, entraînant son décès par arrêt cardiaque.
Cette affaire avait été très largement
médiatisée et avait suscité un long débat à l'origine d'une nouvelle loi
sur "l'accompagnement en fin de vie" adoptée le 22 avril 2005 au
parlement et instituant un droit à "laisser mourir".
Marie Humbert espérait se servir du procès comme
d'une tribune "pour que tout le monde se rende compte qu'il faut
changer la loi" sur l'euthanasie. Pour les mêmes raisons, Jean-Luc
Roméro, élu UMP et vice-président de l'Association pour le droit de
mourir dans la dignité, regrette ce non-lieu.
Pour Dominique Quinio, de La Croix, "c'est
sans doute pour éviter le tohu-bohu médiatique et la relance d'un débat
difficile, que le procureur prend aujourd'hui cette option". Pour
autant elle se dit surprise de cette décision qu'elle considère "comme
une brèche dans l'interdit de l'euthanasie".
Pour Jean Leonetti, député UMP rapporteur de la
proposition de loi relative aux droits des malades et à la fin de vie, "le
procureur de Boulogne-sur-Mer a pris une décision humaine, qui conduit à
l'apaisement". "C'est un non-lieu, non pas sur les faits, mais
sur les circonstances qui ont abouti à ces faits". Cette affaire
relève, selon lui, de "l'exception d'euthanasie" définie par le
Comité consultatif national d'éthique.
Remarquons le témoignage dans le journal La
Croix de Maryannick Pavageau, "la doyenne des malades atteintes
du syndrome qu'a connu Vincent Humbert". Elle regrette que cette
affaire n'ait pas été "présentée dans sa vérité". Elle explique
que Vincent était "beaucoup moins atteint qu'on l'a dit puisqu'il
pouvait s'exprimer", d'autres souffrent beaucoup plus. Elle raconte
sa vie de mère de famille "normale" : "ma fille n'a pas été
traumatisée par ce que j'ai vécu". Sans sous-estimer la souffrance
de Vincent, elle considère "cette demande de non-lieu parfaitement
aberrante". S'il est prononcé "ce sera pour moi une nouvelle
souffrance". |