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Dans
le journal La Croix, Danièle Moyse, professeur de philosophie et
chercheur associée au Centre d’études des mouvements sociaux (CNRS/EHESS)
s'insurge devant l'absence de réactions après la diffusion sur Arte du
documentaire "La Malédiction de naître fille" dans lequel est
mentionné la suppression de 100 millions d'enfants à naitre ou de bébés
filles en Inde, Pakistan et Chine.
"Cette
élimination massive, perpétrée par des mères tuant leur enfant de leurs
propres mains à la naissance, sous la pression de familles prêtes à les
exclure ou à les maltraiter quand elles ne le font pas, devient-elle
"moins grave" sous prétexte qu'à la violence du meurtre peut désormais
se substituer dans bien des cas la "moindre" violence de la sélection
prénatale, rendue possible par l'échographie ? Cela ne reviendrait-il
pas à affirmer que la sélection des vies par le nazisme aurait été plus
acceptable si elle avait été plus discrète ? ".
Comme le nazisme,
cette élimination massive suppose que "certaines vies" sont
"sans valeur pour la vie", fait passer "l'évaluation"
pour de la "science" et plus particulièrement de la médecine,
prend "en ligne de mire des catégories particulières d'êtres
humains, invoque des motifs compassionnels, pour justifier l'élimination
des "incurables".
Danièle Moyse souligne l'impasse
dramatique dans laquelle ces femmes se trouvent : "c'est la
participation des femmes, elles-mêmes déjà victimes, à la suppression de
leurs semblables qui conditionne dans tous les cas, la possibilité de la
sélection des naissances en Asie !".
Dénonçant
l'immobilisme ambiant dans lequel nous nous trouvons, elle poursuit :
"Que
nous faut-il de plus pour que, après un tel documentaire, nous
dénoncions cette forme contemporaine de l'eugénisme avec une virulence
telle qu'elle permette au moins d'en reconnaître la terrible actualité
et l'extrême gravité?
(...)
"Ne
devons-nous donc pas nous inquiéter du fait que la sélection des
naissances peut désormais se passer de toute planification politique et,
avec cet exemple sous les yeux, pourrons-nous continuer de penser que
l'eugénisme "privé" ou "familial" est légitime sous prétexte qu'il émane
des individus ?".
Et Danièle Moyse
de conclure : "N'est-ce pas oublier que tout
individu vit dans un contexte social et culturel qui peut l'amener à
faire des "choix" éthiquement irrecevables ?".
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