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Le
député d'Essone et maire d'Evry, Manuel Valls (PS), a posé hier
une question sur la polémique du Téléthon au Gouvernement, lors d'une
session de l'Assemblée nationale. Il a dénoncé "des accusations
d'eugénisme formulées par plusieurs évêques concernant l'utilisation
d'une partie des dons faits à l'Association française contre les
myopathies pour financer la recherche génétique (...)" .
Puis, il s'est
emporté publiquement : "Nous ne pouvons pas tolérer qu’on porte
atteinte au principe de la laïcité. L’Église catholique a un rôle à
jouer, mais son point de vue doit être entendu au même titre que celui
d'autres religions, institutions, philosophies ou organisations. Elle
n’a pas à exercer une quelconque pression sur une association reconnue
d'utilité publique et sur les familles qui ont recours aux diagnostics
génétiques ni à culpabiliser l'ensemble des donateurs (...). Il est
intolérable qu'une partie des évêques, influencés par des réseaux
ultraconservateurs, et en particulier le mouvement anti-avortement lié à
la Fondation Lejeune, puissent prendre l’événement en otage, en invitant
les catholiques à ne plus encourager l'action de l'AFM". Il a
demandé alors le soutien inconditionnel du Gouvernement au Téléthon.
Répondant à
cette question, Xavier Bertrand, ministre de la santé a déclaré : "la
seule question qui vaille est celle du rassemblement de chacun autour
des valeurs de partage et de solidarité, autour de la défense de la vie
elle-même. Les Français auront à cœur de les défendre en fin de semaine
à l’occasion du Téléthon !".
Dans Le
Figaro, Bernard Barataud, président du Laboratoire Généthon, financé
par le Téléthon, accuse l'Eglise catholique d'avoir "mobilisé ses
troupes extrémistes pour lancer la polémique et faire le sale boulot !".
Il considère que dire que " l'AFM porte une responsabilité dans
l'accès au diagnostic préimplantatoire permettant de sélectionner les
embryons sains" est un "mensonge éhonté" (voir NDLR).
ll est
intéressant de noter que Bernard Barataud admet néanmoins que "la
question des recherches effectuées par l'équipe de Marc Pechanski, à
l'Inserm, même si elles sont approuvées par le corps social puisse
provoquer des interrogations. Si nous avions pu éviter d'emprunter cette
voie, nous l'aurions fait."
Les positions
au sein de l'Eglise protestante diffèrent. Le président de la Fédération
protestante de France (FPF), Jean-Arnold de Clermont n'est pas opposé à
la recherche sur l'embryon parce que : "sans projet parental, nous ne
faisons pas de l'embryon un être plein". Il craint néanmoins que "la
fabrication en trop grand nombre d'embryons surnuméraires (...)"
dérive vers des fins "totalement utilitaristes et une
instrumentalisation de l'embryon et du vivant". Dans un communiqué,
le Comité protestant évangélique pour la dignité humaine (CPDH) lui,
s'inquiète des risques de dérives eugénistes liées au DPI et de la mort
des embryons après expérimentation.
Mais l'Eglise
catholique continue de poser les questions au cœur du débat. Le cardinal
Barbarin, archevêque de Lyon, a rappelé hier devant les médias que
"les catholiques à l'intérieur de la société française ont le droit de
dire leur opinion". "Pour nous, ces embryons ne sont pas des choses,
mais des êtres humains. Et du plus profond de notre foi, nous ne pouvons
accepter qu'ils soient triés, détruits, objets d'expériences (...)."
Il a insisté sur le fait que l'Eglise "n'a rien à y gagner" en
posant ces questions. Si les dons du Téléthon baissent, la faute
sera imputée à l'Eglise et "s'ils augmentent, certains s'en serviront
comme d'une preuve de la perte d'influence de l'Eglise catholique.
Il s'agit simplement d'être des témoins, selon notre conscience et de
rappeler encore une fois que ce qui est légal n'est pas toujours moral".
Mgr Vingt-Trois, archevêque de
Paris, s'est à nouveau exprimé, cette fois-ci dans le journal Le
Monde : "Nous ne revendiquons rien pour l'Eglise ; nous posons
des questions qui concernent l'avenir de l'humanité... On ne peut pas
être en accord avec certaines des dispositions de la loi que nous tenons
pour moralement injustes(...). Il prévient qu'au niveau de la
communauté européenne, le cadre légal et éthique français sera sans
doute bientôt dépassé par des directives européennes et des lobbies
financiers puissants. Si l'Eglise ne prend pas la parole aujourd'hui, on
dira dans quelques années : "Pourquoi l'Eglise s'est-elle tue ?".
Enfin, il interroge : "Se
posent ici deux questions plus profondes : pourquoi existe-t-il
aujourd'hui une telle fascination pour la recherche sur l'embryon
humain? Quelles sont les raisons de cette fascination ?".
NDLR : C'est le lobbying de
l'AFM auprès de l'Etat qui a obtenu le décret d'application du
diagnostic pré-implantatoire. Eric Molinié, ancien président de l’AFM,
s’en explique : « Par exemple, en 1997, nous avons adopté une
résolution sur le diagnostic pré-implantatoire (DPI) pour demander au
gouvernement de voter les décrets d’application de la loi sur la
bioéthique le concernant1». En
2000, après la naissance du 1er
bébé obtenu après DPI, l'association se réjouit : « ce résultat (...)
récompense le militantisme de l'AFM sur ce sujet2».
1. Eric Molinié, in La bioéthique,
foire aux fantasmes, 2001
2. Communiqué de presse, AFM,
30/11/2000 |