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Le
22 avril 2005, le Parlement adoptait la loi sur les droits des malades
et la fin de vie, dite loi
Léonetti. Un colloque aura lieu ce soir à l'Assemblée nationale
à l'initiative de l'Espace éthique de l'AP-HP pour faire le point sur
la mise en place de cette loi. A cette occasion, le quotidien La
Croix donne quelques principes de la loi et propose différents témoignages.
Le journal rappelle
qu'un malade conscient, qu'il soit en fin de vie ou pas, peut refuser
tout traitement, à certaines conditions, comme de persister dans sa
demande.
Le docteur Bernard Devallois, responsable de
l'unité des soins palliatifs de l'hôpital de Puteaux et président de
la Société française d'accompagnement et de soins palliatifs (Sfap)
estime que cette loi est très mal connue des professionnels de santé. "Du
coup [explique-t-il] nous sommes sollicités par des équipes qui
nous demandent notre avis et nous prenons en charge des situations
nouvelles découlant de la loi".
Il rappelle que dorénavant un malade a la possibilité de refuser un
traitement, dût-il y laisser la vie. Il ne peut pas exiger du médecin
que celui-ci abrège ses jours par une injection, mais il peut refuser
que celui-ci le maintienne en vie par l'alimentation artificielle. C'est
ce point, justement qui fait le plus débat au sein du corps médical.
Certains médecins dénoncent qu'on laisse "les gens mourir de
faim et de soif" alors que d'autres estiment, qu'en traitant
les douleurs et la sécheresse de la bouche, le patient ne souffre ni de
faim ni de sensation de soif.
Autre question qui pose problème aujourd'hui :
que faire face à un malade inconscient, stabilisé, dont l'état ne
laisse entrevoir aucune perspective d'amélioration et qui naturellement
ne peut faire valoir sa volonté ? Pour le docteur Catherine Kieffer,
chef du service de soins pour traumatisés crâniens, à l'hôpital Nord
de Villeneuve-la-Garenne, "il n'est pas question de débrancher
quelqu'un qui va bien. Certes, les patients en état végétatif
chronique n'ont pas de vie relationnelle, mais ils ont le droit de
vivre. S'ils ne sont pas morts, ce n'est pas à nous de précipiter leur
fin." Dans ce genre de situations, la loi ne précise pas la
conduite à tenir et ne se prononce pas sur le fond mais décrit les
procédures à mettre en oeuvre. Régis Aubry s'en félicite car "aucun
cas n'est semblable à un autre".
Dans une interview, le Père Patrick Verspieren,
directeur du département d'éthique biomédicale au Centre Sèvres
relève les ambiguïtés de cette loi. Il explique notamment que la loi
prévoit que le médecin "peut pour soulager la douleur,
employer des traitements qui peuvent avoir pour effet secondaire
d'abréger la vie. Et cela, ajoute-t-il sans renvoyer à des
règles de bonne pratique clinique, ce qui risque de conduire à des
dérives". Dans plusieurs pays, rappelle-t-il, le fait
d'endormir le malade pour qu'il ne souffre pas, a, peu à peu dérivé
vers l'euthanasie. Pour éviter que de telles situations n'arrivent, il
aurait "fallu préciser que l'on pouvait employer ces
médications aux seules doses nécessaires en cas de souffrances intenses
résistant à tout autre traitement".
Au sujet de la suppression de l'alimentation
artificielle, il reconnaît que c'est un point qui pose problème car
stopper l'alimentation artificielle entraîne le risque de
"laisser mourir" des malades en état végétatif
chronique ou ayant des handicaps sévères. Pour lui, "nous
devons toujours accueillir ces malades comme des personnes humaines, les
soigner et les nourrir comme l'a dit Jean-Paul II".
Interrogé sur l'idée qu'un patient peut
refuser un traitement même si cela doit mettre sa vie en danger et par
conséquent demander qu'on lui retire une sonde qui le maintient en vie,
il affirme partager le point du législateur : "nous n'avons pas
le droit d'imposer l'alimentation artificielle à quelqu'un qui la
refuse. On a aucunement le droit d'agir sur le corps de quelqu'un sans
son consentement". "De même, ajoute-t-il, il
faut savoir renoncer à l'alimentation artificielle quand celle-ci n'est
qu'une source de gêne pour le patient ou qu'elle entraîne des
risques".
Enfin, interrogé sur le sens de l'agonie, il
conclut que la priorité pendant cette période est "de soulager
et d'entourer le malade sans chercher à prolonger cette phase de la vie
ni la déclarer dénuée de sens, par respect pour la personne qui la
vit."
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