S'appuyant
sur des faits divers récents (implantation d'ours slovènes dans les
forêts, agressions mortelles de chiens sur des jeunes enfants), le
journaliste Jean-Yves Nau constate une évolution du regard des hommes
sur les bêtes qui tend à humaniser l'animal.
Il relève cette
tendance générale à travers les vocabulaires employés notamment dans les
discours officiels. Ainsi, la ministre de l'écologie Nelly Ollin a
pleuré l'"assassinat" de l'ours Balou cet été dans les Pyrénées.
Quant à l'ours Bruno, abattu en Bavière, il va être "immortalisé"
par la fabrication et la commercialisation de peluche portant son
égérie. Les chiens qui n'ont pas respecté la loi seront "euthanasiés".
Abandonner son animal domestique sur la voie publique relève d'"une
pratique barbare". Ainsi observe-t-on que les termes "euthanasie"
et "assassinat" ont remplacé ceux d'"abattu" ou de "piqué".
Jean-Yves Nau cite
le préambule de la Ligue Internationale des droits de l'animal selon
lequel "la Vie est une, tous les êtres vivants ayant une origine
commune et s'étant différenciés au cours de l'évolution des espèces".
Et encore, "la personnalité juridique de l'animal et ses droits
doivent être reconnus par la loi".
En 2004, Suzanne
Antoine, présidente de la Chambre honoraire à la cour d'appel de Paris,
se voyait confier une mission de réflexion sur "le régime juridique de
l'animal". A la fin de son rapport, elle a inscrit : "La
préoccupation sociale de la protection animale fait désormais l'objet de
débats sur les frontières de l'humanité et de l'animalité, sur la
légitimité de la prééminence de l'homme dans la nature, ces débats étant
au surplus alimentés par l'écologie et l'"éthique environnementale".
L'animal s'est déréifié et humanisé", puis elle a ajouté : "l'inverse
étant tout aussi vrai : l'homme se trouve relié à l'animalité dont il
est issu."
Jean-Yves Nau s'interroge : "Faut-il voir là le progrès d'une
nouvelle révolution copernicienne ? S'agit-il, plus simplement, d'une
nouvelle forme de régression collective ?" |