Mercredi 23 août, le site de la revue
scientifique Nature publiait les travaux du Pr Robert Lanza* et
de son équipe d'Advanced Cell Technology (Massachusetts, USA). Ils
annoncent avoir réussi la création de lignées de cellules souches
embryonnaires humaines à partir d'embryons humains sans détruire ces
derniers.
En octobre 2005, dans Nature, Robert Lanza montrait qu'il avait réussi à produire cinq lignées de cellules
souches embryonnaires de souris à partir d'embryons de souris, sans
qu'ils soient détruits**. Les chercheurs annoncent aujourd'hui avoir réussi à obtenir le même
résultat à partir d'embryons humains.
Jusqu'ici, les chercheurs tentaient
d'obtenir des lignées de cellules souches embryonnaires à partir
d'embryons âgés de 5 jours au stade blastocyte (composé d'une centaine
de cellules) mais cela entraînait la destruction de l'embryon. Après son
succès sur l'embryon de souris, l'équipe du Pr Lanza a travaillé sur des
embryons humains de 8 à 10 cellules au stade blastomère. Les chercheurs
sont partis d'un constat : dans le cadre du diagnostic préimplantatoire,
on prélève une cellule de l'embryon au stade blastomère sans entraîner
la mort de l'embryon. Les chercheurs ont sélectionné sur 16
embryons, issus de la fécondation in vitro et fournis par des cliniques,
les 6 considérés les "plus parfaits". A l'aide d'une
micro-pipette, les chercheurs auraient prélevé sur chacun de ces
embryons une cellule unique. Après culture de ces cellules, les
chercheurs seraient parvenus à créer 2 lignées de cellules souches
embryonnaires sans affecter le développement des embryons. Ces lignées
auraient pu être maintenues à un stade complètement indifférencié
pendant plus de huit mois.
Bien que cette technique doive encore
être confirmée et que des doutes subsistent sur la véracité des
informations communiquées par la firme ACT, de nombreux chercheurs se
félicitent de cette voie qui ferait sauter les verrous éthiques de la
recherche sur les embryons humains et leur permettrait de ce fait
d'obtenir plus facilement des financements. L'obtention d'une cellule souche
d'embryon n'entraînant plus la destruction de celui-ci.
Pourtant, si l'avenir confirme
que la méthode du Pr Lanza évite la destruction des embryons, doit-on
conclure que toutes les difficultés éthiques sont contournées ? Non,
estime Mgr Sgreccia, président de l'Académie Pontificale pour la
Vie, car cette technique repose sur la procréation in vitro
d'embryon et nécessite toujours une "manipulation" de l'embryon
humain dont il ne retirera aucun bénéfice. Pour Axel Kahn : "à
l'évidence, non. Quand elle est dérivée d'un blastocyte, la cellule
souche embryonnaire ne peut jamais être considérée comme un embryon -
elle ne peut jamais, à elle seule, donner un bébé". Mais, "une
cellule isolée d'un embryon de huit ou dix cellules
[NDLR : telle qu'utilisée par l'équipe du
Pr Lanza] peut, dans certaines
conditions, donner un bébé. Pour ceux qui auraient une conception très
large de l'embryon, utiliser la cellule souche embryonnaire d'un de ces
embryons pourrait donc entraîner, de facto, leur destruction".
Par ailleurs, l'expert américain en bioéthique
Wesley J. Smith a émis de grosses réserves sur cette annonce en indiquant
que le communiqué de presse d'ACT, sur lequel se sont appuyés les médias
pour relayer l'information, est inexact. En réalité, tous les
embryons sont morts après l'extraction des cellules.
Ces affirmations sont reprises dans le
Washington Post qui rapporte que le Pr Lanza a simplement montré
qu'une seule cellule prélevée à partir d'un embryon dans les premiers
stades peut, mise en culture de manière isolée, produire une lignée de
cellules souches embryonnaires. Le journal
The Corner relate les propos du Pr Robert P. George, membre du
conseil bioéthique du Président des Etats-Unis, selon lequel 6 cellules
ont été prélevées en moyenne sur chacun des 16 embryons, qui n'ont pas
survécu. Ces 91 cellules ont été mises en culture et les chercheurs ont
réussi à constituer 2 lignées de cellules souches embryonnaires.
La firme ACT n'est pas à son
premier "coup médiatique". Déjà, en novembre 2001, le Pr Lanza avait annoncé
avoir réussi à créer
des embryons humains par clonage (cf.
revue de presse du 26/11/01) mais ce résultat n'a jamais été
confirmé ni reproduit par son équipe...
*
Human embryonic stem cell lines derived from single blastomeres,
I. Klimanskaya,
Y. Chung, S. Becker, S-J. Lu and
R. Lanza, doi:10.1038/nature05142,
published online 23/08/06
**
Embryonic and extraembryonic stem cell lines derived from single mouse
blastomeres, Y. Chung, I.
Klimanskaya, S. Becker, J. Marh, S-J. Lu, J. Johnson, L. Meisner and R.
Lanza, Nature 439, 216-219
(12/01/2006) |