Revue de presse du jeudi 03/03/05
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"Pékin + 10" : débat sur la santé de la reproduction

Du 28 février au 11 mars se tient au Siège de l'ONU, à New York, une réunion d'examen et de suivi des engagements pris dans le "Programme d'action de Pékin" adopté en 1995 par la quatrième Conférence mondiale sur les femmes.
La Conférence de Pékin ou 4ème conférence mondiale sur les femmes, organisée en septembre 1995, avait réuni 189 pays qui s'étaient engagés à abroger toutes les lois introduisant une discrimination fondée sur le sexe.

La rencontre qui se tient actuellement, baptisée "Pékin dix ans après: assurer l'égalité entre les sexes, le développement et la paix" ou Pékin + 10, a pour objectif de réaffirmer la validité du programme d'action adopté il y a 10 ans tout en l'associant aux Objectifs de développement du Millénaire (ODM) adoptés en 2000.
La division onusienne de la promotion de la femme explique que cette rencontre va donner "l'occasion aux décideurs et experts des gouvernements du monde entier de faire le bilan des progrès enregistrés en matière de promotion de l'égalité des sexes et d'autonomisation des femmes et des filles et de prendre des mesures concrètes pour l'avenir".

Dans son article 94, le programme de Pékin proclame le droit des femmes à "la santé en matière de reproduction":
"La santé en matière de procréation est un état de bien-être total (...). Elle suppose le droit de mener une vie sexuelle satisfaisante en toute sécurité, et la liberté et la possibilité de décider si et quand on veut avoir des enfants. Cela implique qu’hommes et femmes ont le droit d’être informés sur les méthodes sûres, efficaces, abordables et acceptables de planification familiale et d’utiliser celle qui leur convient ou toute autre méthode de régulation des naissances qui ne soit pas illégale, ainsi que le droit à des services de santé assurant un bon déroulement de la grossesse et de l’accouchement et donnant aux couples toutes les chances d’avoir un enfant en bonne santé. Il faut donc entendre par services de santé en matière de procréation l’ensemble des méthodes, techniques et services qui contribuent à la santé et au bien-être génésiques en prévenant et résolvant les problèmes qui peuvent se poser (...)".
L'article est suffisamment vague pour inclure en matière de santé de la reproduction différentes réalités dont l'avortement. L'application de cet article au niveau national dépend donc de l'interprétation qui en est faite.

Les Etats-Unis ont proposé d'ajouter dans le texte qui sera adopté à l'issue de "Pékin + 10" un amendement selon lequel la santé en matière de reproduction "ne constitue pas la garantie d'un droit universel à l'avortement". Cet amendement est soutenu par de nombreuses associations ou ONG à travers le monde, qui craignent que la politique de santé de la procréation ainsi décrite soit l'objet de pressions pour faire de l'IVG une obligation. D'autres ONG se sont opposées à l'amendement américain l'accusant de remettre en cause "le droit" à l'avortement et de vouloir ainsi le supprimer.

Nicole Ameline, ministre de la parité et de l'égalité professionnelle française, a déclaré que l'Union européenne et la France s'opposaient à l'amendement américain. Pour elle, l'article de Pékin sur la santé en matière de reproduction invite les pays à légaliser l'avortement mais sans les y contraindre, alors que l'amendement américain pousse à son interdiction. Elle a expliqué : "il nous paraît très important que la déclaration puisse être adoptée en l'état afin de ne pas donner au monde l'impression qu'il y a un recul".

Pour en savoir plus, consultez en ligne
  Le Programme d'action de Beijing adopté à la quatrième Conférence mondiale sur les femmes (4-15 septembre 1995)
  Les Objectifs de développement du Millénaire

 

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Avortement et mortalité infantile

Dans la rubrique Débats et Opinions du Figaro, Emmanuel Le Roy Ladurie de l’Institut revient sur la question de l’avortement en le comparant, de manière chiffrée, au taux de mortalité infantile d’autrefois.
Aujourd’hui la mortalité infantile en France est de 0,6% et le pourcentage d’IVG - par rapport au nombre global de grossesses – s’élève à 21,2%, soit 1 fœtus sur 5.

Il faut remonter au XVIIème siècle pour trouver un taux de mortalité infantile proche de 21%, donc comparable au nombre d’avortements d’aujourd’hui. En somme estime t-il "tout se passe comme si on avait reculé pour mieux sauter, je veux dire reculer de l’aval de la première année de l’existence du bébé vers l’amont de la première gestation du futur enfantelet".

S’appuyant sur les arguments des militantes féministes pour qui, "l’embryon, en son stade préabortif, n’est qu’une petite portion parmi d’autres du corps de la femme", il leur rappelle "qu’un fœtus sur deux, interrompu de la sorte, est en principe une future femme" …

"Peut-on dire que ce déplacement du curseur vers l’amont, de 1750 à l’an 2000, soit entièrement satisfaisant pour l’esprit ?" se demande t-il tout en affirmant qu’on ne prend pas beaucoup de risques en posant une telle question ! Emmanuel Le Roy Ladurie revient sur les arguments invoqués par les uns et les autres pour analyser cet état de fait. Il rappelle qu’outre les arguments, médicaux, sociaux ou démographiques, les préceptes de la sagesse antique, chrétienne, ou bien laïque républicaine d’avant 1968 prêchaient la « modération dans les plaisirs ».

Le Figaro 03/03/05

 

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